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 Quiproquo. [PV Jean-Camille Douze]

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Ditfrid Rahksen

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Date d'inscription : 12/08/2011

MessageSujet: Quiproquo. [PV Jean-Camille Douze]   Sam 20 Aoû - 7:31

Tu marches dans les couloirs, la tête haute, les bras ballants sur les côtés de ton corps. L'absence du mouvement de balancier de tes membres supérieurs te donne une drôle d'allure lorsque tu marches. Tu t'en fiches. Tu n'as jamais été très soigneux des apparences ; le fait est que tu as d'autres préoccupations. La sonnerie de fins des cours retentit, alors tu te prépares, debout, au début d'un couloir. Tu ne sais même plus où est-ce que tu es exactement dans l'école. Ca y est, ils sortent tous de leurs salles, un par un, groupes par groupes, bruyamment. Certains sont heureux de sortir d'un cours où l'ennui était de mise, mais personne ne peut s'empêcher d'avoir au fond de lui un soupçon de tristesse, de haine, d'appréhension ou de honte. Tu te rends compte de cette sensation, qui, dans tes tempes, montre déjà que ton pouvoir est activé. Alors tu avances, le temps semble ralentit au milieu de cet univers bruyant et anarchique qu'est un couloir plein d'élève. Tu marches entre les élèves, esquivant leurs bras et leurs jambes qui s'agitent pêle-mêle autour de toi. Et alors tu ressens, la Tristesse, tu as envie de pleurer, la gorge serrée, mais tu te retiens. Puis vient la Peur, tu regardes autour de toi, l'impression qu'un mal va t'arriver. La Rage arrive, tu leur en veux, à tous ces idiots, de ne pas être capable d'être parfaitement heureux, de t'obliger à t'occuper d'eux comme un papa poule. La Honte s'écoule dans tes veines, tu ne sais plus où te mettre, tu baisses la tête vulgairement. Tu n'es qu'un pantin géré par les émotions d'autrui, sais-tu encore ressentir par toi-même, tu n'es même pas capable d'en être sûr. L'Appréhension s'incruste et te fait hésiter, dois-tu avancer, jusque l'autre côté du couloir ? Qu'est ce que le futur te prépare ?
Avance, Ditfrid, c'est bientôt fini, bientôt, il y aura moins de monde, ton travail sera moins difficile. Les autres entrent déjà en cours, toi tu es dispensé ce matin. Le couloir se vide en même temps que ta tête, l'Appréhension s'envole, suivie de la Honte, bientôt, la Rage, la Peur et la Tristesse suivront.
Tu es au bout du couloir, ça y est, c'est fini, seul la Tristesse persiste encore, elle est la plus tenace, car tout le monde est un peu triste au fond de lui. Tu sens les larmes monter à tes yeux, tu les retiens, une seule coule sur ta joue, tu l'essuies vite. Quelques instants plus tard, la Tristesse est partie, elle aussi. Tu es vide maintenant. Vide de tout. Tu regardes le plafond, la tête relevée par l'orgueil, tu as accomplis peu de chose, sinon t'avoir vidé tous ces gens de leurs problèmes pendant quelques instants. Et pourtant, tu es fier, fier de ce don qui t'a été offert par Dieu, fier d'être celui a qui il a été confié, fier de l'utiliser à des fins bénéfiques pour le monde. A cet instant, tu te sens un peu comme un Sauveur, comme une Super Héros qui va sauvé le monde. Alors tu te mets à marcher, à descendre un escalier, puis un autre, la tête haute, un demi-sourire triste aux lèvres, les yeux brillants.

« Diantre. Comment pourrais-je bien faire ? Je n'en puis plus d'être enfermé dans ce cadre. VOUS ! HE VOUS ! SORTEZ MOI DE LA ! Ne voyez-vous pas que je n'en puis plus d'être ici écarté du monde. Oh, non, je veux mourir, laissez moi mourir ! »

Tu t'arrêtes devant le tableau du chevalier. Tu le connais bien, en trois ans ici, tu es déjà passé Dieu seul sait combien de fois devant. En trois ans, il n'avait toujours pas cessé de râler sur sa condition... Tu as pitié de lui, un peu, il n'est même pas vivant et il ne s'en rend même pas compte. Enfermé dans sa cuirasse comme par le cadre du tableau, il ne cesse d'espérer être libre. Tes yeux sont ternes de perplexité en regardant le Chevalier. Celui-ci continue son monologue.

« Parbleu, allez vous m'aider ? Cela fait des années que je suis coincé ici par un mage noir, j'en suis sûr, vous vous croyez tous malins avec vos dons, mais au lieu de faire vos malins, vous ne pourriez pas m'aider un peu, moi, pauvre chevalier prisonnier du destin ? Alors, Morte-couille ! Vas-tu rester ainsi à me regarder pendant des heures sans agir ? »

« Taisez-vous un peu. Si j'avais le don de vous faire taire, je l'aurais utilisé, ça vous aurais épargné beaucoup d'énergie. Vous n'êtes pas vivants, vous n'êtes qu'un tableau, il vous fera vous y faire un jour ! Personne ne peut rien pour vous ici, on est pas des magiciens, on est que des gens comme les autres qui ont reçu un cadeau de Dieu. »

Ça y est, tu as réussi à outré ce chiant de chevalier. Il fait semblant de suffoquer, dans son tableau laid. Il mets une main sur son cœur, le visage tordu par la tristesse. Ce n'est qu'un fake, t'y crois pas une seconde. S'il avait vraiment été triste, ton don l'aurait ressenti et l'aurait aspiré. Ce n'est pas le cas.

« C'est ça, fait semblant d'être triste, ça t'occuperas cinq minutes dans ta non-existence. J'te jure, à quoi pensais le directeur en mettant ce tableau ici ? A part faire chier, il sert à rien. »

Le chevalier ne parle toujours pas, il fait toujours mine d'être étouffé par l'horreur. Alors tu restes là à le regarder, entre pitié et perplexité, quand tout à coup il s'effondre sur le sol de son tableau.

« Bah voilà, t'es dans les pommes maintenant, Morte-couille toi-même ! »

Malgré tout, tu ne peux pas t'empêcher de t'inquiéter pour cet homme qui n'est même pas vivant. Alors tu restes devant le tableau, les bras ballants, sans savoir vraiment quoi faire. Au bout de cinq minutes, le chevalier n'est toujours pas debout. Alors, n'ayant rien de mieux à faire en attendant, tu sors une pomme de ton sac, tu t'assoies sur le sol, contre le mur, en face du tableau, et tu manges ta pomme, sans penser à rien. Ton don te permet de vivre un tas d'émotion en même temps, mais il te laisse souvent vide, sans rien dans le crâne, tu es là mais tu ne penses à rien, tu ne ressens rien. En fait, tu manges une pomme, et tu attends. Ton existence, à cette instant, se réduit à ça.
Tu entends des bruits de pas au bout du couloir, quelqu'un vient, peut-être pourra-t-il t'aider ici, devant ce faux chevalier évanoui-alors-qu-il-n'est-même-pas-vivant. Tu restes assis, sur le sol, tu te lèveras si la personne qui arrive en vaut la peine.
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Jean-Camille Douze

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MessageSujet: Re: Quiproquo. [PV Jean-Camille Douze]   Dim 21 Aoû - 10:53


Une petite goute de sang perle au bout de ton doigt, certains s'émerveilleraient devant cette couleur rouge, typique d'un liquide contenant des globules rouges. Pas toi. Certains s'étonneraient de ne pas voir sur ton visage un rictus, même léger. Mais tu es habitué à présent. Ces contrôles rigoureux font partie de ton quotidien, l'appareil émet un léger bip, sur l'écran à cristaux liquides s'affiche quelques chiffres que tu notre immédiatement sur un petit carnet à spirale, sa couverture est usée, renforcée par du papier collant. Au dessus, tu as noté scrupuleusement le contenu de ton petit déjeuner. « Muesli 35g, Lait 20ml, Thé vert... » sur les pages à petits carreaux s'étalaient tes menus en lettres fines. Après avoir ajouté ton taux de glycémie aux précédentes données.

Le réfectoire est bruyant, comme tous les matins, des retardataires engloutissent leurs tartines en quelques instants, pressés par la sonnerie. Mais toi Camille, paresseusement tu relis ton suivit maladie, faisant danser entre tes doigts ton stylo bic fendu, on pourrais s'étonner de te voir si détendu alors que tes comparses désertent les lieux à toutes jambes. Pour la dixième fois tu parcours ton emploi du temps, observe un bout de papier, t'assurant de son authenticité. « Le cours de maths des Faithbees de deuxième année du lundi X Septembre est annulé. » Figuraient quelques signatures et le tampon de l'école, apparemment si c'était un faux, il était rudement bien fait.

Repoussant tes couverts qui semblèrent s'évaporer dans l'éther, tu récupère tes petites affaires que tu fourre sans ménagement dans ta besace. Tu as une heure de libre, tu prévoyais de la passer tranquillement à la bibliothèque, conforme aux cliché mettant en scène les élèves de ta maison, mais sortant de la grande salle, arrive à tes oreilles une vois déjà trop connue, une voix qui semblait être faite pour mettre les nerfs à vif.

    « Diantre. Comment pourrais-je bien faire ? Je n'en puis plus d'être enfermé dans ce cadre. VOUS ! HE VOUS ! SORTEZ MOI DE LA ! Ne voyez-vous pas que je n'en puis plus d'être ici écarté du monde. Oh, non, je veux mourir, laissez moi mourir ! »


Le tableau du Chevalier, tout élève de Synchronicity a déjà eu le grand honneur d'entendre sa douce voix, ses si charmantes lamentations, tu ne faisais pas exception à la règle. À chaque passage du moindre insecte devant sa toile, l'homme exhortait les gueux de bien vouloir le libérer de sa prison de pigments, ce qui devenait bien vite insupportable. Oh combien tu était heureux de n'avoir point grossi les rangs des Summerers ou des Winterhoods, comme tu plaignait ces pauvres gens d'avoir à supporter ces jérémiades chaque jour... Non, rectification : tu plaignait tous les pauvres élèves de ces deux maisons à l'exception d'un seul, l'unique être capable de te faire perdre ton sang froid par sa seule présence, l'humain qui avait le détestable défaut d'exister en ce mode. St Andrez pouvait bien être enchaîné à la toile du Chevalier, tu ne le plaindrais gère.

Mais tu plaignais tous les autres et avais une heure de liberté devant toi, peut-être pourrais-tu tenter l'impossible, t'atteler à cette tâche, ce travail digne d'un Hercules moderne : faire taire l'orgueilleux mirliflore, pour la salubrité publique. Tu te mets en route, palpant discrètement ton torse, tes hanches, t'assurant de tes formes, effrayé à l'idée que ta chair ne devienne soudainement malléable, que ton anatomie ne se brouille consommant dans sa mutation du glucose durement régulé à coup d'insuline. Mais ton don semblais se tenir tranquille, tu ne sentais pas ta peau te tirailler, tes os te picoter, signes avant-coureurs d'une métamorphose imminente. Tant mieux, un soudain changement de genre était plutôt désagréable à vivre.

Tes pas résonnent sur les dalles de pierre jusqu'à ce que tu atteigne ton but, ais devant la croûte encadrée d'un cadre de bois doré aux ornementations rococo, un jeune homme aux cheveux verts. Visiblement en pleine discutions avec le petit personnage. Quoique, discutions ? Cela impliquerait un échange de paroles sensées entre les deux partis, or le Chevalier ne faisait que se rouler au sol en gémissant, jolis débat en effet. Avec un long soupir exprimant combien le type en armure te désespérait , tu finis d'avancer, tapote la peinture fendillée du bout de l'ongle en murmurant quelques paroles.

    « -Quand on s'évanouit, en général, on a pas assez de force pour gémir, trop de mélodrame tue le mélodrame. Vous devriez demander à quelques élèves du club de théâtre de vous aider à améliorer votre jeu...  »


En te redressant, tu accorde un sourire aimable à ton comparse aux cheveux verts. Ce type ne faisant pas partie des Faith, mais tu te souvenais d'avoir échangé quelques mots avec lui quelques jours auparavant, une telle teinte de cheveux était dure à oublier.

    « -Oh, bonjour... Ditfrid, c'est bien ça ? Tu n'es pas le premier à tenter de faire taire ce truc, mais je ne pense pas être le dernier non plus...  »


Non, tant que ce chevalier râlera dans son couloir, tant que ce tableau ne sera pas déplacé, des élèves continuerons de chercher un moyen de le faire taire. Sauf que ce truc ne semble pas apprécier que l'on le définisse comme un vulgaire truc il semble être outré que l'on ose le définir comme une chose, un machin... De quelle impertinence tu fait preuve cher Camille, un tel affront ne restera pas sans résultats, voilà que ce cher chevalier se remet à causer.

    «  -C... Comment ?! Qu'ouïs-je ?! Ha bougre ! Boursemolle ! Fripon ! Capon ! Damelot si nous étions en mon castel l'outrage qui vient de m'être fait vous vaudrait la potence ! Que la menuaille ose me traiter de telle sorte ! Allons en garde ! Cornebouc dégainez ! À moins que vous ne veuillez vous esbigner ! »


Ha, s'il ne passait pas tant de temps à se lamenter sur son sort, s'il ne proposait pas quelque duels à chaque passant, le Chevalier serait sans doutes réputé pour la noblesse de son langage fleuri. Mais tu ne portait point en ton cœur les nobles et autres imbus de leur personnes. Et cette joute te donnait une nouvelle raison de désespérer quand à faire taire cet encasqué.

    « -Messire, veuillez me croire quand je vous promet que mon intention n'était point de proférer des insultes à votre égard. Il serait sans aucuns doutes insultant pour vous d'avoir à croiser le fer avec un manant tel que moi. Depuis quand les beaux sires tels que vous s'abaissent-ils à croiser le fer avec la populace ? Tien, tu n'aurais pas un feutre ou un marqueur ? Je voudrais essayer un truc. »


Les deux dernières phrases étaient adressées au Summerer à tes côtés, tandis que le Chevalier bombait le torse dans sa rutilante côte de maille, sans doutes était-il bien heureux de voir que certains n'avaient pas oublié son rang. Vaguement rougissant, il déblatérait, transformait cette proposition de duel en un grand honneur qu'il te faisait. Qu'avait donc le directeur en tête quand il a accroché ce tableau en ces lieux ?


[HRP : J'éditerais le jaune plus tard]
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Ditfrid Rahksen

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MessageSujet: Re: Quiproquo. [PV Jean-Camille Douze]   Ven 26 Aoû - 19:09

Tu l'as vu arrivé, de loin, pas par pas, ce garçon aux cheveux bruns. Et chaque claquement de ses talons sur le sol de pierre raisonnait dans ton ventre et faisait remonter le nœud de la timidité jusque ta gorge. Tandis que le chevalier, dans son tableau, feignait - avec plus ou moins de réussite - une fatale perte de connaissance, le jeune homme, lui, s'approchait à pas lent. Peu à peu, son visage t'apparut et s'éclaira, il avait la peau blanche, elle avait l'air douce, une peau qu'on a tout de suite envie de caresser du bout des doigts. Tu étais là, affalé contre le mur, ta pomme entre les dents, et tu observais, l'air niais, ce garçon qui semblait tout droit sorti d'un songe. Il était là, à quelques mètres, séparés de toi par quelques couches d'air, juste un peu de dioxygène et d'azote, pourquoi ne pas l'approcher et lui serrer le bout des doigts alors ? Tu ne sens même pas ton pouvoir s'activer, ce garçon est donc dépourvu de tout sentiment négatif à l'instant présent, pour une fois que quelqu'un réussit à être totalement heureux – ou du moins tout à fait dépourvu de tristesse – il t'impressionne, tu ne peux rien faire d'autre que te l'avouer. Il a cet air calme et doux lorsqu'il te jette un coup d'oeil pour voir s'il te connaît, alors tu essaies de ne pas laisser le rose monter à tes joues. Tu baisses les yeux pour regarder de quoi tu as l'air – mais pourquoi ne prends-tu jamais soin de ton apparence, comme les autres – alors qu'il s'adresse au chevalier en tapotant tout doucement ses ongles contre le tableau.

«  - Quand on s'évanouit, en général, on a pas assez de force pour gémir, trop de mélodrame tue le mélodrame. Vous devriez demander à quelques élèves du club de théâtre de vous aider à améliorer votre jeu... »

Alors, tu ne portes que ça, que ce pantalon en jean qui commence à se trouer au genou gauche, ces chaussures de toiles blanches, et un pauvre T shirt noir. Il y a trop de T Shirt noir dans ta garde robe, tu devrais varier, peut-être... Mais maintenant que tes yeux sont vers le sol, tu meurs d'envie de les lever de nouveau vers le nouveau venu. Mais tu n'oses pas. Il est beau.
Quel bel idiot je fais là...
Finalement, après un effort intérieur colossal, tu trouves le courage de lever la tête. Et tu rougis. Il t'observe, il a son regard dans le tiens. La plupart des gens ne ressentent jamais ce gêne, cette violence dans l'intimité, quand on les regarde dans les yeux, pourtant, toi, Ditfrid, qui te prend pourtant pour un envoyé de Dieu, tu te sens violé dès qu'on ose te regarder dans les pupilles.

« - Oh, bonjour... Ditfrid, c'est bien ça ? Tu n'es pas le premier à tenter de faire taire ce truc, mais je ne pense pas être le dernier non plus... »

Tu es là, et tu balbuties, tu marmonnes entre tes dents, tu halètes presque, alors qu'on t'a juste demandé ton prénom. Pitoyable, tu es pitoyable mon pauvre. Tu ressembles à un de ces chiens qui, lorsqu'on tend la main pour leur faire une caresse, s'étende sur le sol comme s'il s'attendait à être battu.

« - Je... Je... Euh... »

«  - C... Comment ?! Qu'ouïs-je ?! Ha bougre ! Boursemolle ! Fripon ! Capon ! Damelot si nous étions en mon castel l'outrage qui vient de m'être fait vous vaudrait la potence ! Que la menuaille ose me traiter de telle sorte ! Allons en garde ! Cornebouc dégainez ! À moins que vous ne veuillez vous esbigner ! »

Soulagement, pas besoin de répondre, cet idiot de chevalier a parlé à ta place. Quand même, il gâche tout, cet idiot. Un moment comme celui-ci, une rencontre avec un tel garçon, ça mérite tout de même mieux qu'une série d'insulte moyenâgeuses ! Un orchestre jouant la énième symphonie de Dieu sait quel compositeur décédé il y a des siècles, ou alors une lumière divine accompagné d'un chant approprié, mais pas des insultes. Il faudrait juste trouver le moyen de faire taire ce « truc », comme disait le garçon.

« - Messire, veuillez me croire quand je vous promet que mon intention n'était point de proférer des insultes à votre égard. Il serait sans aucuns doutes insultant pour vous d'avoir à croiser le fer avec un manant tel que moi. Depuis quand les beaux sires tels que vous s'abaissent-ils à croiser le fer avec la populace ? Tien, tu n'aurais pas un feutre ou un marqueur ? Je voudrais essayer un truc. »

En fait, il devait être magicien, il avait peut-être pour don de trouver ce qu'il fallait dire au bon moment pour se sortir de n'importe quelle situation, ce serait tout de même drôle ! Pouvoir trouver les mots justes pour éviter une heure de colle ou une expulsion, un emprisonnement ou une condamnation. Tu divagues là, Ditfrid, tu te laisses emporter pourquoi ? Parce qu'un simple garçon t'adresse la parole, et d'ailleurs, il vient de te poser une question, et tu es en train de le regarder avec tes yeux de poisson, un peu mouillé, sans esquissé un geste ni un murmurer un mot pour lui répondre. En fait, ne répond rien, poule mouillé. Tu mets ta main dans le fond de ton sac, et tu cherches ce qu'il t'a demandé. Qu'est-ce que... ? … Une gomme, tu as sorti une gomme, triple idiot. Voilà, tu rougis maintenant, et tu rigoles comme un idiot pour tenter de te redonner contenance, comme si tu étais capable de reprendre contenance maintenant. Ah ! Voilà, un feutre noir, tu le lui tends en tremblant un peu.

« Euh... Tiens. Désolé, je n'ai pas de marqueur. »

Ta voix sonne un peu rauque, cela t'arrive quand tu n'as pas parlé depuis quelques temps et que tu es emprunt d'une certaine émotivité. Alors tu te retrouves encore plus gêné, décidément, quand la timidité t'assailles, tu n'es plus maître de rien, heureusement que tu maîtrises maintenant ton pouvoir par réflexe, comme les battements de ton cœur ou l'activité de ton estomac. Le jeune homme tendit la main, lui aussi, et éfleura le bout de tes doigts en s'emparant du feutre. Tu restais la main tendue, le regard vers l'endroit où il t'avait touché, sa peau était méga-douce, comme tu l'avais deviné. Tu vois qu'il te regarde d'un air légèrement intrigué, tu dois avoir l'air d'un fin idiot, sans doute. Alors, tu laisses tomber ton bras le long de ton corps, tu le passes sous ton T-shirt pour caresser ton ventre comme tu le fais souvent, et tu trouves le courage de parler, maintenant que tu as ouvert la bouche une fois :

« Tu... Tu comptes faire quoi avec ça ? »

Et alors, tu te laisse pencher en arrière, et tu t'appuies sur tes talons, le dos collé au mur. Tu ne t'étais même pas aperçu que tu t'étais levé pour lui donner le feutre. Et tu lui souris, un des sourires tristes dont toi seul en a le secret, alors que le rose est toujours à tes joues, contrastant follement avec la verdure de tes cheveux.
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Jean-Camille Douze

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MessageSujet: Re: Quiproquo. [PV Jean-Camille Douze]   Mar 30 Aoû - 12:46


Tu ne fais pas vraiment partie de ces gens populaires, ceux qui se savent aimés, adulés, qui rayonnent de ce fait d’une aura de clarté, tu restais en retrait, ne cherchais pas vraiment la reconnaissance des autres… C’est pourquoi tu avais du mal à comprendre la raison de la gène de Ditfrid. Tu te demandais quelle en était là raison, si tu avais fait quelque chose de mal, eu une parole mal placée… Malgré tout tu adressa un sourire aimable au jeune homme, proférant quelque remerciements en recevant le feutre, tu te retourne vers le tableau où le chevalier marmonnait quelques malédictions dont il avait le secret.

    « -Le faire taire, mais je suppose que pour le bâillonner, il faut dessiner... Enfin, ça ne coûte rien d'essayer. »


Tu avais chuchoté, inquiet que l'encasqué ne t'entende et décide de te rendre la tâche plus ardue, mais, bien vite, tu approcha la pointe du feutre de la toile et, avec une certaine appréhension, due au fait que l'on t'avait appris à respecter les œuvres d'art, tu traça quelques traits, censurant la bouche du vieux sire. Hélas, il eut tôt fait de retirer cette chose et, après l'avoir brisée telle une simple brindille,il se mit à hurler avec plus d'entrain que jamais.

    « -RUSTRE ! MALAPRIS ! OSEZ SEULEMENT VENIR A MA PORTEE QUE JE LAVE CET AFFRONT ! JAMAIS DE MAVIE ON NE M'AVAIS TEMOIGNE SI PEU DE RESPECT ! SOYEZ MAUDIT VIL PENDARD, VENEZ ! VENEZ QUE JE ME VENGE ! »


Tu savais pourtant que cet énergumène pouvais atteindre avec ses jérémiades des niveaux sonores bien trop élevé. De tes mains tu couvres te oreilles, tendant d'endiguer le flot d'injures. Tu craignais que par ses cris il ameute tout le voisinage. Quelle mauvaise idée tu avais eue là Camille, quoique, après tout matérialiser de quoi faire taie ce chevalier, sur la toile même, cela aurait bien pu marcher... Mais ton manque d'expérience en matière de peinture à l'huile, ton incapacité à produire un bâillon correct... Tout cela n'avait servi qu'a rendre l'homme à perruque plus incontrôlable et plus bruyant. Maintenant, tu ne pourrais plus flâner dans les parages sans que l'on ne te maudisse sur quelques générations, sans que l'on insulte ton sang, que l'on médisse de toi.
Irrité par ce grossier personnage, tu adressa tout de même un regard d'excuse à Ditfrid, ta tentative n'avait fait qu'envenimer les choses. Coupable, tu t'attendais à des reproches, ce n'étais pourtant pas dans tes habitudes de faire quoi que ce soit sans l'avoir planifié. Tu te méfiais de tes instincts, du feeling, de toutes ces incertitudes, des décisions instables. Mais tu avais déjà prouvé qu'il t'arrivait d'agir sous le coup de l'émotion. Une attitude que tu trouvais terriblement... Quoi ? Gênante ? Indiscrète ? Ou juste trop révélatrice de ce que tu es, de ce que tu pense derrière tes claires apparences ? Ta nitescence te semblait bien fêlée, tes masques fendus sous la lumière. Tu étais mal à l'aise, tel un enfant prit en faute tu rentrait ta tête entre tes épaules, les pommettes rougissantes de honte. Honte d'être ainsi trainé dans la fange, bien que les termes soient plus gracieux que la moyenne, honte ainsi d'être ainsi bafoué en présence de quelqu'un d'autre.

    « -BÂTARD GALEUX ! VOUS OSIEZ TENTER DE ME FAIRE TAIRE ?! MOI ?! MOI QUI SUIS AU SERVICE DU COMTE DE LA GODIVELLE DE ST BARIFLORE ?! HA MAIS VOUS MERITEZ DE FINIR COMME UN ANIMAL. SOYEZ HEUREUX QUE JE NE PUISSE SORTIR VOUS AURIEZ GOÛTE AU FIL DE MON EPEE. CE PETIT WINTERHOOD AURA MA BENEDICTION S'IL PARVIENS A VOUS TORDRE LE COU MONSIEUR DOUZE, COMME IL JURE SOUV...HUMPF HUMMHUPHFF !
    -Vous apprendrez Messire que je ne souffrirais pas plus longtemps de telles injures. »


Ta patience possédait bien des limites, des limites qui pouvaient bien vite s'imposer, il ne suffisait que de quelques mots, quelques allusions. Tu ne pouvais décidément pas t'entendre avec les nobles français, ni avec leurs serviteurs zélés. La main plaquée contre la toile, tu avais réussi à faire taire le chevalier, mais pour combien de temps ? Ton regard s'était assombri, comme toujours lorsque l'on faisait référence à St Andrez, un Winter souhaitant régulièrement ta disparition ? Il était l'unique personne correspondante à cette description.
Mais encore une fois, tu t'étais laissé aller à agir stupidement, ta rage s'évaporait doucement sans que tu n'en comprenne la cause, troublé, tu risqua un regard déboussolé vers ton compagnon d'infortune, la main toujours collée à la toile peinte. Tu avais honte de t'être ainsi laissé emporter.

    « -Désolé pour ce triste specta- Aïe ! »


Une douleur aigüe avait fusée, irradiant de ta main droite qui clouait le bec du chevalier. L'ôtant de là par réflexe, tu constatais qu'une coupure nette traversait ta paume. Tu avais vu de pire blessure, rien n'était comparable à la cicatrice qui barrait hideusement ton dos. Combien de fois t'étais-tu ouverts les genoux, tombant sur des éclats de verre laissés là intentionnellement par ton ennemi de toujours ? Cette coupure, bien qu'elle saignât, ne te paraissait pas trop grave, moins que toute égratignure offerte par St Andrez... L'infirmerie de l'école était fort efficace, si bien qu'en une semaine, tant que tu changeais bien ton pansement, si tu évitais de serrer le poing, cette écorchure n'aura plus lieu de t'inquiéter.
Mais la véritable question étai de savoir d'où provenait cette plaie. D'instinct, tu pensais qu'une lame, secrètement cachée au cœur du tableau, avait pu percer la toile, attaquant ta chair... Mais c'est en voyant le chevalier cabotin agiter son épée que tu compris. Sans doutes pouvait-il, à défaut de sortir de son cadre, interagir avec ce qui toucherait les pigments de son image... Tout comme tu avais réussi à le faire taire, il avait pu t'attaquer. Indifférent aux sarcasmes et cris de joie proférés par l'homme en armure, oubliant ton accès de colère, ta main ensanglantée, ton projet originel et le pauvre Ditfrid, tu approcha ton visage de l'œuvre, gagné d'un regain de curiosité sur ce curieux phénomène, il fallait bien dire que, parfois, quelques spécificités des Faithbee reprenaient le dessus.

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Ditfrid Rahksen

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MessageSujet: Re: Quiproquo. [PV Jean-Camille Douze]   Mar 30 Aoû - 13:21

Un chuchotement. Les paroles chuchotées de ce garçon intrigant te firent frissonner. Ce n'était que quelques mots dérobés qu'il souhaitait cacher à cet importun chevalier, mais pourtant, ils te semblaient être une promesse d'intimité, tu le ressentais, au plus profond de toi, la promesse d'un rapprochement avec ce garçon. Tu es fort, pour te faire des films, ça, c'est sûr, mais maintenant au moins, tu sais que tu feras tout ce qui est en ton pouvoir et ta volonté pour protéger ce garçon et t'attirer son amitié. Ô Homme Supérieur au Don Supérieur, toi qui croit avoir pour destin de sauver l'humanité, il ne te suffit que de quelques mots chuchotés à la va-vite pour que ton désir soit de protéger avec d'autres un garçon que tu connais à peine. Sombre crétin.

« - RUSTRE ! MALAPRIS ! OSEZ SEULEMENT VENIR A MA PORTEE QUE JE LAVE CET AFFRONT ! JAMAIS DE MAVIE ON NE M'AVAIS TEMOIGNE SI PEU DE RESPECT ! SOYEZ MAUDIT VIL PENDARD, VENEZ ! VENEZ QUE JE ME VENGE ! »

Incroyable, ce chevalier était incroyablement détestable. Un doigt enfoncé dans chaque oreille, tu n'entends plus rien que le bourdonnement incessant des insultes du chevalier. L'idée du garçon n'était pas si bête, il aurait fallu qu'il y ait plus de détails et de force dans son dessin, et peut-être qu'elle aurait marché, il faudrait amener un peintre exceptionnel afin qu'il dessinât un bâillon digne de ce nom à Monseigneur le chevalier. Le garçon te jeta un regard désolé, tu ne répondais pas, de toute façon, l'idiot en armure aurait gâché toute la profondeur de tes paroles, et ce même si tu avais entamé un sonnet en alexandrin en guise de réponse.

« BÂTARD GALEUX ! VOUS OSIEZ TENTER DE ME FAIRE TAIRE ?! MOI ?! MOI QUI SUIS AU SERVICE DU COMTE DE LA GODIVELLE DE ST BARIFLORE ?! HA MAIS VOUS MERITEZ DE FINIR COMME UN ANIMAL. SOYEZ HEUREUX QUE JE NE PUISSE SORTIR VOUS AURIEZ GOÛTE AU FIL DE MON EPEE. CE PETIT WINTERHOOD AURA MA BENEDICTION S'IL PARVIENS A VOUS TORDRE LE COU MONSIEUR DOUZE, COMME IL JURE SOUV...HUMPF HUMMHUPHFF ! »

Tu ne comprends pas vraiment, mais le chevalier a du dire quelque chose qui a beaucoup énervé le garçon, tu débouches tes oreilles afin d'essayer de comprendre, mais le garçon a posé sa main sur la bouche de l'importun qui, enfin, fermait sa chevaleresque grande gueule.

« Vous apprendrez Messire que je ne souffrirais pas plus longtemps de telles injures. »

La Rage, elle est là. Tes tempes s'activent derrière tes yeux, tu la sens entrer en toi, la Rage. Elle est là, bouillonnante, dans ton ventre, elle enserre ta gorge et rougis ton visage. Adieu le rose de la timidité, bienvenue à l'écarlate de la Colère. Ce n'était pas une mince Colère, elle n'était pas de celle qu'on avait lorsqu'on se cognait l'orteil contre le coin d'un meuble ; non, il s'agissait d'une Colère à l'état pure, c'était l'une des premières fois où tu ressentais autant de Colère. Tes épaules s'en décollèrent du mur, et tu vis le regard déboussolé du garçon, qui se demandait où avait pu passer toute cette Colère qui l'assaillait quelques instants auparavant. Peut-être la voyait-il maintenant briller dans tes yeux, avec personne vers qui la diriger, il ne te restait qu'à la digérer, à attendre qu'elle s'en aille. Parce que Dieu jamais, ô grand jamais, tu ne dirigerais une Colère vers son créateur, surtout pas si le créateur en question était ce garçon dont tu ignorais encore le prénom. Lui, en tout cas, semblait connaître le tiens.
Et là, tu le vois, le chevalier, sortir son épée d'un air chevaleresque alors que sa bouche est encore bloquée par la douce main du garçon.
Cet enfoiré va le blesser !
Il lève son épée bien haut, et avant-même que tu n'aies pu esquisser un seul geste pour l'arrêter, il l'enfonce dans la main posée sur sa bouche. Tu retiens un cri de stupeur et de colère lorsque tu vois un peu de sang couler sur la peau blanche du garçon. Tu sentais la Colère qui bouillait encore dans tes tripes, tu la gardais encore un peu pour t'énerver sur ce foutus chevalier. Mais pour le moment, c'était le comportement du garçon qui t'intriguait.

« Mais qu'est-ce que tu fais ? »

Il approchait son visage du tableau, son joli visage. Mais il était fou ! Tu te jetas sur lui, refusant que son visage soit lui aussi blessée par la lâche lame d'un chevalier qui n'existait même pas. L'entourant de tes deux bras, tu le tiras en arrière, avec une telle force que vous vous retrouvèrent tous les deux sur le cul, sur les dalles froides du long couloir. Aussitôt fait, tu regrettais ton geste, tu allais encore passer pour un idiot. Cependant, il fallait te redonner contenance, alors tu parlas.

« Tu... Mais tu es fou... Il aurait pu te lacérer le visage...

Bizarrement, la Colère s'était dissipée. Cela ne t'était jamais arrivé. D'habitude, il n'y avait aucun moyen pour te débarrasser des émotions des autres. Cette fois, ton inquiétude avait été tellement forte que la Colère s'était envolée. Et maintenant, tu n'osais plus bouger, tu étais assis, ce garçon t'écrasant à moitié, tes bras serrés très fort autour de lui, ton front collé à son dos, le rose aux joues. Même le chevalier s'était tu, massant sa bouche avec précaution tout en nettoyant sa lame ensanglantée.
L'enfoiré.

[HRP : Désolé, Ditfrid peut être parfois un peu trop... excessif.]
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Jean-Camille Douze

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MessageSujet: Re: Quiproquo. [PV Jean-Camille Douze]   Mer 31 Aoû - 16:48


Tu observais avec attention la pâte du tableau quand soudainement, par un étrange phénomène, tu te sens attiré en arrière, la gravité semblait reprendre ses droits sur ton pauvre corps qui, poupée de chiffon, atterrit sur le sol. De surprise plus que de douleur, tu poussas un petit cri, avant de t’étonner de voir que nul choc trop violent n’ai remonté ta colonne vertébrale. Légèrement sonné, déboussolé malgré tout, tu prends enfin conscience de l’étreinte t’enserrant le torse, tu remarque que le Summerer à la chevelure presque chlorophyllienne, malgré la rage que tu avais vu briller sur ses traits, était à l’origine aussi bien de ta chute que de l’absence de plaie sur ton visage…
Te lacérer le visage… Ce n’étais pas un danger sans conséquences, tout comme il avait entamé la chair de ta main, il aurait suffit que ton pâle visage s’approche trop de la maléfique toile pour que le fil encore acéré de l’épée effleure ta peau et de son tranchant ouvrir une large brèche. Tu devais bien avouer que tu te n’y avait pas pensé un instant, porté par la curiosité, avide de comprendre quelle magie imprégnait ce tableau. La culpabilité te fit baisser la tête, tu regrettais d’avoir ainsi effrayé ce garçon, tu voyais en cette attitude des traces d’égoïsme, un détestable égoïsme que tu refoulais régulièrement, enfouissant au fond de toi, le dissimulant derrière des actions calculées, réfléchies, de façon à ne causer de tort à personne, sans te mettre en valeur. Sans te magnifier. Tu faisais tout pour ne pas lui ressembler, pour t’éloigner au maximum de ce stéréotype ambulant, ce déviant abject. Tout pour devenir son inverse. Mais c’étais aussi une forme d’égoïsme ça, Camille, et tu oublie qu’à trop vouloir te différencier de lui, à chercher son contraire, tu t’en rapproches, tu lui donnes trop d’importance par cet acte.

Mais, là, maintenant, dans cet espace-temps, à ce moment précis, tu écrasais quelqu’un, tu avais beau ne pas être un poids lourd, nourris aux haricots et autres fruits et légumes, cela ne devait pas être bien agréable. T’extirpant enfin de tes réflexions stériles, tu t’affolais, laissant l’embarras colorer tes pommettes. Fébrile, avide de trouver les meilleurs mots pour t’excuser, tu bafouillais, gigotant vagement.

    « -Je, heu, mince. Excuse moi ! Je n’avais pas pensé que… Enfin, bref, je suis désolé, j’aurais dû réfléchir… »


Tu stoppe cette soudaine logorrhée, ne trouvant rien de satisfaisant à dire, rien qui ne suive tes pensées. Doucement, tu te dégage de l’étreinte, t’accroupis, te retourne, lui fais face. L’observe. Un regard fixe, balayant sa personne, tout en te mordillant la lèvre, coupable, tu cherches une hypothétique blessure, une trace de douleur… Tu ne te rends pas compte de l’impact d’un regard, de l’atteinte à la pudeur que tu commets. À ton tour, tu t’inquiètes, causer des problèmes te mettais bien mal à l’aise.
Au terme de cette longue œillade, tu déniches un détail, des joues rosies, ressortant par contraste avec le vert de sa chevelure. Ne sachant que faire, maladroit quand il s’agit d’agir pour les autres, tu te laisse emporter par un réflexe enfoui.

    « -Ça va ? Rien de cassé ? Tu es écarlate, tu as de la fièvre ? »


Sans doutes était-ce ton côté féminin qui surgissait, peut-être était-ce dû à un vieux souvenir... Le fait était que tu avais porté ta main valide contre son front, cherchant à déceler une anormale chaleur. Mais tu étais bien incapable de dire qu'elle devait être la température d'un corps humain en bonne santé, ce contact était bien futile, inutile, sa peau semblait plus chaude sous tes doigts, mais... L'incertitude t'enveloppais, ton geste, sans savoir, devenait ridiculement obsolète. Tout juste un réflexe maternel que tu devais sans doutes au déséquilibre entre œstrogènes et testostérone.
Puis tu pris conscience du fait en lui même. Mettant ainsi vos peaux en contact, tu te sentais terriblement impoli. Tu n'étais pas quelqu'un de très tactile, tu fuyais ces frôlements, évitait de trop approcher ta pauvre carcasse des autres corps. Une façon de mettre une distance entre toi et les autres, relent d'un traumatisme dû à ce contact trop violent, regretté, rejeté... Avoir été victime d'un viol te rendais frileux quand à trop te rapprocher de tes congénères. Tu fuyais la proximité, tout comme tu évitais de toucher les autres quand la situation ne l'exigeait pas.
Vivement, comme brûlé, tu retirais ta main, rompais le lien visuel, baissais les yeux.

    « -Désolé. »


Tu déglutis, te lèves. Cherches dans ta besace un paquet de mouchoirs, en sors un que tu place distraitement sur ta blessure qui t'élance vaguement.
Ton problème Camille, c'est que tu ne sais pas réagir quand les autres s'inquiètent pour toi, tu ne sais que t'éffacer, tu t'efforces de devenir terne, pour que l'on se lasse, pour que l'on te laisse. Tu n'est pas si égoïste que tu semble le croire Camille. En vérité, tu veux juste éviter qu'ils subissent les foudres de St Andrez, tu te rappelle trop comment tes plus proches amis prenaient de la distance après que tu les aient vus parler avec le blond. Les plus résistants se voyaient rossé, une chute dans les escaliers plus tard, et eux aussi évitaient ton regard. Tu ne voulais pas que de telles choses arrivent à chacune de tes connaissances, tu craignait que, pour t'avoir secouru, pour s'être inquiété, Ditfrid soit maltraité par le blond balafré.
Tu tendais la main au jeune homme, l'air absent, évitant son regard. L'aider à se relever était la site normale des événements. Abandonnant les gestes liés à l'affectif, tu retournais te conformer à un code, une gestuelle anonyme, sans âme. Après l'avoir relevé, tu n'aurais plus qu'à prendre congé, te diriger vers la bibliothèque. Évitant ainsi à un type trop gentil pour ta personne de souffrir de s'être trop approché. Ce n'étais vraisemblablement pas ce que tu voulais, au fond, mais tu avais décidé de te contrôler, de bâillonner tes pulsions.

Malgré l'amertume que tu sentais sous ta langue, tu t'apprêtais à le saluer froidement quand le chevalier, ayant visiblement finis d'astiquer sa lame, repris ses jérémiades,de sa voix nasillarde.

    « -Oh, comme c'est touchant ! J'en pleurerais messieurs ! Mais revenez donc par ici maraud, que termine ma tâche. Une main coupée est une bien faible punition comparé à l'insulte qui m'a été faite. Si vous possédiez ne serais-ce que le huitième de mon humilité, vous me présenteriez de vous même votre nuque, que je puisse ainsi accomplir la justice, avoir la vengeance qui m'est due ! »


Malgré le fait qu'il te signifiait crûment que ta mort lui était due, tu restais interdit. Tu sentais bien au fond de toi l'envie de clouer le bec à cet homme de peinture à l'huile, mais tu l'ignora. Qu'il t'insulte, bientôt, tu sera assez loin pour pouvoir fermer tes oreilles à cet énergumène.

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Ditfrid Rahksen

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MessageSujet: Re: Quiproquo. [PV Jean-Camille Douze]   Mer 31 Aoû - 20:19

Le temps semble gelé. Le chevalier s'est tu, il n'y a plus de bruit dans le couloir, seul le bruit de vos respirations. Tu te sentais fébrile, comme si toucher ce garçon t'avait fait comprendre à quel point il pouvait de rendre vulnérable. Sa douceur, ses mots, sa façon d'être te rendaient faible. Faible parce que maintenant, il passait avant tout le reste ; alors que non, ta mission ici était d'aider tout le monde, et non pas cette personne en particulier.

« Je, heu, mince. Excuse moi ! Je n’avais pas pensé que… Enfin, bref, je suis désolé, j’aurais dû réfléchir… »

Tu ne dis rien, tu restes juste abasourdi par cet instant. La Rage qui étaient en toi quelques instants auparavant s'était tapie dans un coin, laissant place à la confusion. Et cette confusion est loin de s'en aller, car le garçon se retourne, il te regarde, droit dans les yeux, pendant de longues seconde. Tu sens tes joues rougir encore plus, il a de beaux yeux brillants qui te font voir des étoiles. C'est comme dans les films, comme dans les livres à l'eau de rose, comme dans toutes les belles histoires d'amour qui ne sont pas sensées exister, pas pour de vrai. Tu sentais dans ton ventre comme un nœud de bonheur, ce que les gens appellent l'amour vit en toi pour ce garçon que tu connais depuis cinq minutes. Tu acceptes la défaite et tu te noies dans son regard qui te déshabille l'âme. S'il y a bien une personne au monde qui pourrait te faire faire ce qu'il veut, c'est lui. Tu es soumis au plus bas des degrés, au degré de l'amour. Tu te noies dans ce dégoulinant visqueux qu'est l'amour sincère et déraisonnable. Tes sens s'engourdissent et s'excitent, tu voudrais juste toucher sa joue du bout des doigts, et continuer de le regarder, ainsi, dans les yeux.

« Ça va ? Rien de cassé ? Tu es écarlate, tu as de la fièvre ? »

Il touche ton front d'un geste presque maternel. Tu sens que tu rougis encore plus. Sa main, elle est toute froide et toute douce. C'est agréable, ça te rafraîchis légèrement. Aurait-elle était rugueuse et chaude qu'elle t'aurait de toute façon parue agréable. Toi qui rêvait de toucher sa joue, c'était lui qui touchait ton front. C'était tout aussi bien, de toute façon, peut-être allait-il te toucher la joue aussi, tout doucement, et approcher ton visage du sien ? Non, tout ça, c'était dans ta tête, il s'inquiétait uniquement pour toi, il avait peur que tu aies de la fièvre. Qu'il était gentil, tu souris niaisement. En fait, tu ne comprenais pas vraiment ce qu'il se passait, tu savais juste que c'était un moment agréable, tu comprenais qu'il pouvait durer une éternité sans que ça ne te bouleverse le moins du monde. Ressentait-il toutes ces choses que tu ressentais ? Cette même passion qui te brûlait les lèvres et qui voulait à tout prix s'exprimer ? Comme pour faire obstacle à tes désirs inaudibles, Le garçon retira sa main et baissa les yeux. C'était la fin du rêve.

« Désolé. »

Ce simple mot sonnait comme un au revoir, il annonçait la fin d'une complicité qui n'avait même pas commencée à s'exprimer. Vous n'aviez qu'eut le temps de vous regarder dans les yeux, tu n'avais même pas toucher sa joue. Tu sentais qu'il voulait se lever, tes bras se détendirent doucement pour le laisser partir, à regrets. Pour la première fois depuis très longtemps, tu ressens la déception, une pointe de tristesse éclot en ton sein. Tu restes assis. Tes bras posés mollement sur les côtés de ton corps, tu ne sais pas quoi en faire, et tu as l'impression d'être aussi délicat qu'un vulgaire pachyderme. Tu aurais voulu être magnifique, tu aurais voulu briller de milles feux, être divin. Tu aurais voulu l'impressionner, le rendre fou de toi, lui montrer qu'avec toi, la voie du bonheur était facile d'accès et sans obstacle. Tu ne faisais rien. Tu le regardais, l'air bredouille de l'enfant qui n'a pas eu ce qu'il voulait pour Noël. Il te tendit la main, un geste tout simple qui clôturait l'instant magie et sentiment. Cependant, tu ne bougeais pas, tu regardais le bout de ses doigts, avec l'envie terrible de les saisir pour ne plus les lâcher, mais en même temps la peur que les attraper ne t'empêche de profiter de sa présence un peu plus longtemps. Mais hélas, le temps avait repris son cours, c'était la fin du moment suspendu, alors le chevalier avait retrouvé sa voix.

« Oh, comme c'est touchant ! J'en pleurerais messieurs ! Mais revenez donc par ici maraud, que termine ma tâche. Une main coupée est une bien faible punition comparé à l'insulte qui m'a été faite. Si vous possédiez ne serais-ce que le huitième de mon humilité, vous me présenteriez de vous même votre nuque, que je puisse ainsi accomplir la justice, avoir la vengeance qui m'est due ! »

Tu sentais les secondes défiler de plus en plus vite, comme si un compteur en toi les nommait une à une. Deux... Trois... Quatre.. Cinq.. Six. SeptHuitNeuf... Ta main se tendit et tes doigts effleurèrent les siens. Les milliers de capteurs sensibles présents sur le bout de vos doigts s'activèrent, un léger frisson parcouru ton dos lorsque tu serras sa main du mieux que possible. Avec le peu d'agilité don tu faisais preuve, tu te laissas tirer vers le haut, poussant un peu sur tes jambes.
Il essaya de se dégager de l'étreinte de ta main, mais tu la serrais encore plus dans la tienne. Tu avais décidé d'ignorer le chevalier, qui continuait pourtant de pestiférer, tu tiras doucement sur la main du garçon dont tu ignorais toujours le nom, et comme il ne se décidait pas à s'approcher, tu fis un pas vers lui, vous étiez tout proches à présent, vos yeux n'était qu'à une dizaine de centimètres d'espace, tu l'observais, intensément. A vrai dire, tu avais l'impression de rêver, tout cela, tu le faisais vraiment sans réfléchir, ta timidité s'était envolée.

« Cessez donc de m'ignorer, bande d'ingrats. Vous n'avez donc pas compris que vos vies étaient vaines. Rien de ce que vous direz ou ferez de votre vie n'aura d'importance, à la fin, vous mourrez comme les autres ! Et si vous... »

Tes yeux plongés dans les siens, le coeur battant la chamade, ta main aggripant la sienne, tu murmuras quelques mots qui, sans doute, étaient dénués de toute perversité. Tu n'étais que ce que tu ressentais, et ça t'étais totalement étranger, d'habitude, tu étais ce que les autres ressentait. D'habitude, tu n'étais que Honte, Colère et Ressentiment. Mais là, tu n'étais qu'amour, un amour qui venait de toi, ou peut-être de lui...

« C'est idiot... Je ne connais pas ton prénom... et je t'aime. »

C'était tellement kitch. Tellement niais. Tellement naturel. Tu l'avais sans doute effrayé, qui n'aurait pas été effrayé par une telle déclaration, cinq minutes à peine après une rencontre ? Tu n'avais même pas peur de sa réaction, de toute façon, tu ne t'étais même pas rendu compte de ce que tu avais dit, tu avais simplement répété ce que tu pensais à voix haute. Sans doute, sa réaction va t'étonner, peu importe ce qu'elle est.
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Jean-Camille Douze

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MessageSujet: Re: Quiproquo. [PV Jean-Camille Douze]   Jeu 1 Sep - 10:22


Ta main, prise au piège, son corps entier qui s’approche de toi. Vos visages qui n’étaient séparés que par une mince couche d’air. Tu sursautes, un long frisson remonte le long de ta colonne vertébrale, la stupeur doit se lire sur tes traits, la gène aussi. Ton pauvre cœur loupe un battement, tu refuses malgré tout de te laisser emporter par sa valse effrénée. Ditfrid. Ses mots étaient une confession, peut importe comment tu les tournait, tu pouvais bien changer l’ordre, tout mettre sur le compte du choc, cela ne changeais rien au sens de ses paroles. Te mordant imperceptiblement l’intérieur de la joue, tu t’efforces d’analyser ce qui te passe par la tête. Tu es surpris, c’est un fait avéré, tu ne sais pas où te placer, tu ne sais que dire, tu ne sais rien en fait. Tu sens une pointe de vexation, mais après tout, c’est toi qui te fonds dans le paysage, c’est toi qui fuis les gens, et puis quand tu lui as parlé pour la première fois, ce ne furent que quelques mots, sans doutes une histoire de prêt à la bibliothèque. Et tu ne pouvais lui en vouloir de ne pas avoir fait le rapprochement entre toi et la petite demoiselle que tu étais alors. C’étais normal, bien des gens pensaient qu’elle était ta sœur, ton sosie. Toi qui te forçais à devenir poussière toi qui t’efforçais à être celui que l’on voit sur de vielles photos, celui dont on ne se souvient pas…
Pauvre enfant, on dirait une carpe que l’on aurait sortie de l’eau, tes lèvres s’ouvrent et se ferment, articulant des mots inexistants, recherchant l’oxygène. La stupeur, tel un coup dans le ventre avait expulsé ton air hors de tes poumons.

    « -Ca… Camille, Jean-Camille Douze. »


Voilà qui réglait la question du nom, tu avais été incapable de trouver autre chose. Tu détournais les yeux, fuyant des yeux trop brillants d’innocence. Le chevalier semblait hyper ventiler, si tu étais une carpe, il prenait le rôle d’un plus gros poisson, tu sentais qu’il cherchait des piques, il devenait brochet. Enfant d’un autre temps, il semblait choqué au plus haut point, ce n’était pas des choses qui se faisaient en son époque. Des déclarations en public. Une idylle entre hommes ! Inconcevable. Mais avant qu’il n’ait pu trouver quoi que ce soit à vomir, tu tirais Ditfrid, l’emmenais hors de vue de l’infâme tableau, vous dissimulant derrière l’angle d’un mur. Tu l’entendais se plaindre, sans doute voulait-il en voir le plus possible affin de pouvoir répandre son venin. Mais tu fermais ton esprit aux mots du bellâtre de pigments.
Tu réfléchis quelques instants, puis abandonnes les sourires, fermes ton visage, te calmes. Tu dois te montrer froid si tu veux qu’il abandonne ses ambitions. Si tu veux qu’il s’en sorte. Ta voix est calme, dénudée de tremblements, trop neutre, on dirait que tu parles de la météo, d’un sujet banal, bas.

    « -En effet, tu ne sais rien de moi… »


Tu dégage ta main de la sienne, lentement, mais fermement, tu cherches à mettre une distance, qu’il ne puisse rien espérer, cela vaudrait mieux pour lui. Il ne sait pas qui tu es, il ne connaît pour l’instant que ta pauvre façade lézardée, il ne sait pas qui tu es, ignore tout de ce que tu peux faire à quelles extrémités tu peux arriver. Te juge sur un masque. Tes mensonges t’ont mené là, tu n’assumes pas, tu t’en veux un peu de le tromper ainsi, qu’il se fasse des illusions.

    « -Et je ne sais rien sur toi non plus. C’est équitable. »


Tu détaches tes mots lentement, presque comme si tu parlais à un enfant. Tu n’aime pas te montrer si froid envers les autres, mais tu le dois. Tu dois l’éloigner de toi, un type aussi gentil, tu ne voudrais pas qu’il te suive. Calmement, tu lèves la main, tends ton doigt vers son visage, l’avance jusqu’à toucher ses lèvres du bout de ton index, doucement, tu descends, effleurant son cou, sa pomme d’Adam, ta voix ne change pas d’inflexion, reste monocorde.

    « -Et cela vaut peut-être mieux. Tu ne sais pas ce qui peut t’arriver en restant près de moi, tu ne sais pas ce que l’on pourrait te faire, tu ne sais pas ce que, même moi, je pourrais te faire. Tu es gentil Ditfrid, tu ne devrais pas trop t’approcher, je n’aimerais pas que tu souffres par ma faute. »


Tu es dur Camille, tu t’en donnes l’air, tu fuis les autres pour qu’ils ne deviennent pas des points d’appuis pour t’atteindre. Pire, pour que toi, avec ton visage d’ange, tu ne puisses pas les utiliser. Tu sais que tu peux te montrer trop cruel, tu sais que tu as déjà faillis sacrifier une innocente sur l’autel de la haine que tu voues à St Andrez. Sa sœur, sa pauvre sœur qui n’avait commit que l’erreur de naître dans la mauvaise famille, qui s’était attiré l’amour de son frère et qui, de ce fait, avait été vilement utilisée.
Tu t’en voulais, mais tu savais que, cherchant perpétuellement à te venger, tu risquais encore de faire du mal aux autres, aux bons, aux gens gentils. Arrivé au torse du jeune homme, tu repliais ton doigt, plaquais ta main contre ce corps qui recherchait ta proximité, le repoussais fermement. Tu sentais une boule de plomb te contracter l’estomac, mais tu t’entêtais à l’ignorer, tu serrais ta main blessée autour du mouchoir de papier taché de sang, ne sentant pas la douleur.
En un autre temps, une autre situation, tu aurais été heureux de mieux le connaître, tu aurais aimé sa compagnie, vos deux êtres auraient pu se retrouver, se mêler. Tu jouais le type froid, mais ton regard le fuyait, incapable de le regarder en face, apeuré à l’idée qu’en tes yeux il décèle ton trouble, qu’il puisse se raccrocher à un mince fil d’espoir. Pour éviter qu’il ne se traîne dans la fange pour rester à tes côtés, tu devais lui interdire d’avoir pitié de toi, tu devais le faire fuir.
Mais malgré ton rictus dur, ton visage fermé, tu te sentais triste de l’envoyer ainsi loin de toi. Mais tu n’avais pas le choix. Tu devais mettre une barrière entre vous. Pour son propre bien, même si cela te coûtait.

Maintenant une certaine distance entre vous par ta main dont tu réprimais les tremblements, quitte à donner à ton bras une rigidité ridicule, tu pensa, comme trop souvent, à cet enfoiré de St Andrez, à comment il réussissait si bien à t’enfermer dans ta solitude. Il arrivait même à te faire repousser quiconque voudrait devenir proche de ta personne. Mais malgré cette tristesse vague dont tu sens ton cœur lourd, résiste Camille, reste froid, ne le laisse pas deviner ce qui se trouve sous ton masque de fer. Laisse le fuir, ne cherche pas à le retenir ou il en pâtira.


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Ditfrid Rahksen

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MessageSujet: Re: Quiproquo. [PV Jean-Camille Douze]   Jeu 1 Sep - 12:01

Son nom te rappelait vaguement quelque chose, mais tu refoulais cette impression, si tu l'avais croisé quelque part, il t'aurais forcément marqué. Un tel visage ne s'oublie pas. Tu essayais, de le regarder dans les yeux, mais il détournait le regard, tu ne voyais que ses yeux brillants d'un peu de gêne. Tu avais envie de l'embrasser, sur la joue, comme tu l'avais fait avec ce garçon aux cheveux bleus, dans ce bosquet, il y a de nombreuses années. Tu te retins, tu n'aurais peut-être pas du, il a l'air de s'être refermé comme une huitre. Tu l'as effrayé, sans doute, c'est ce qu'il te semble. Mais tu ne comptes pas abandonner si facilement, tu désires le rassurer, lui montrer que tout ira bien, qu'il n'y a rien à craindre.

« En effet, tu ne sais rien de moi. »

Tu sens sa main qui essaie de s'échapper, de fuir ton étreinte, tu ne veux pas qu'il se sente violé, écrasé de ta volonté. Tu laisses vos peaux s'éloigner, à regrets. Mais cette éloignement t'apparaît comme une promesse d'un futur contact, et tu te languis d'avance de pouvoir toucher sa peau, une nouvelle fois.

« Et je ne sais rien sur toi non plus, c'est équitable... »

Tu sais au moins que je t'aime...
Tu baisses les yeux, il avait raison en fait. Vous ne vous connaissiez pas. Était-ce une raison pour ne pas dire ce que l'on ressent ? Pour une fois, que tu ressentais autre chose que tous les maux du monde sur tes épaules, tu ne pouvais certainement pas garder ça au fond de toi.
Sans que tu ne t'y attendes, tu vois ce doigt tendu vers ton visage, tu le sens effleurer ta peau, parcourir doucement chaque trait de ton visage où flotte un léger étonnement. Tu sens un frisson suivre le parcours de son doigt, il transite vers ta colonne vertébrale, et tu sens tous les poils de ton corps se hérisser. Ils ne voulaient plus se coucher, ils restaient ainsi, debout, près à recevoir les caresses de ce garçon que tu aimais déjà plus que de raison. Tu commences à trembler lorsque son doigt arrive à ton cou, s'arrête un instant sur ta pomme d'adam. Tu avales ta salive, ne sachant vraiment que faire. Vous étiez là, contre ce mur, tout près l'un de l'autre, c'était la première fois de ta vie, que tu vivais un moment de partage tactile, avec une personne que tu aimais vraiment.


« Et cela vaut peut-être mieux. Tu ne sais pas ce qui peut t’arriver en restant près de moi, tu ne sais pas ce que l’on pourrait te faire, tu ne sais pas ce que, même moi, je pourrais te faire. Tu es gentil Ditfrid, tu ne devrais pas trop t’approcher, je n’aimerais pas que tu souffres par ma faute. »

Je suis gentil... Que je souffres.
Intérieurement, tu ris jaune. Si seulement il savait, si il savait comme tu souffrais tous les jours. S'il savait comme la souffrance était omniprésente dans ta vie. La Souffrance, c'était ce que tu mangeais à chaque repas, c'était l'air que tu respirais, c'était les objets que tu touchais. La Souffrance, c'était toutes ces choses que tu aspirais des gens, toutes ces émotions qui n'étaient jamais toi mais qui était toujours en toi.
Tu sentis sa main posée à plat sur ton torse te repousser, tu reculas d'un pas. Un minuscule pas de quelques décimètres. Tu refusais de perdre l'amour aussi facilement. Fuir, c'était trop simple. Tu ne fuyais jamais. De la même façon que tu utilisais ton don pour aider les autres, par tous les moyens. Tu allais utiliser tout ce qui était en ton pouvoir, pour avoir la possibilité d'aimer ce garçon.


« Je suis gentil. Tellement gentil que... Je souffre tous les jours. Et... Tu vois... Souffrir pour toi... Ce serait... Cent fois plus... Magique. »

Ta timidité avait repris le dessus sans que tu ne t'en rendes compte. Après tout, ce garçon essayait de te repousser, comment pourrais-tu garder tes moyens face à quelqu'un qui, en apparence, souhaite te repousser de toute sa volonté ? Tu ne savais pas si le message était passé, si ce garçon, Jean-Camille, avait compris que quitte à souffrir, tu préférais souffrir pour lui, que souffrir pour lui serait même un honneur, une bénédiction, ton vœu le plus cher.
Soudain, tu sentis ton pouvoir s'activer, cette sensation au niveau des tempes, elle n'était pas désagréable en fait, c'était juste le signe que ton pouvoir se mettais en route. Cela signifiait une chose, Camille ressentait quelque chose de mauvais pour lui. Tu essayas de calmer ton pouvoir, de ne pas aspirer tout d'un coup. Tu goûtais, en quelque sorte, à ce qu'il ressentait... La Tristesse. C'était ça.


« Pourquoi me repousses-tu ? Si ça te rend triste ? »

Tu étais à un bon mètre de lui maintenant, il te repoussait de son bras rigide, presque tremblant. Mais c'est toi qui tremblait, tu tremblais d'émotion d'avoir été aussi près de lui, tu tremblais de peur à l'idée qu'il t'ignore et qu'il s'enfuie. Alors tu tendis ta main, par chance, tu étais assez grand, plus grand que la plupart des élèves de Synchronicity. Ton bras était plus long que le sien. Tu attrapas son menton du bout de tes trois premiers doigts. Ta main gauche attrapa son poignet, le poignet de la main qui te repoussait. Tu te dégageas doucement. Ta main droite tenant son visage en direction du tien, caressant sa joue sur le côté, avait pour but de doucement l'obliger à te regarder dans les yeux. Tu approchas alors ton visage du sien, afin qu'ils ne soient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, et tu fermas les yeux. Tu chuchotes :

« Tu n'as pas besoin d'être triste. Je suis là. »

Ton Don s'active entièrement, tu lui aspires sa Tristesse, elle est en toi à présent, tu ressens cette boule de plomb dans l'estomac, celle qui donne envie aux larmes de couler. Mais tu l'ignores, comme tu ignores les autres Émotions que tu avales, comme de coutume. Et tu approches encore ton visage du sien, tes lèvres passent non loin des siennes, mais ne les touche pas, tu es bien trop timide pour cela. Tu dévies sur sa joue droite, et tu y déposes juste un baiser. Tes lèvres restent de longues secondes sur sa joue, et bientôt, tu as finis d'aspirer toute sa tristesse. Il devrait se sentir un peu mieux. Tu l'espères, cependant, ce moment d'audace passé, tu n'oses plus rien faire. Tu crains d'être encore une fois repoussé. Alors tu attends.
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Jean-Camille Douze

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MessageSujet: Re: Quiproquo. [PV Jean-Camille Douze]   Jeu 1 Sep - 16:31


Tu avales lentement ta salive, tentant de garder contenance, tes pensées folles défilent en ton esprit, sans te laisser le temps des les assimiler, tu voudrais les calmer, faire le vide, ne plus penser à rien. Peine perdue.

    « Pourquoi me repousses-tu ? Si ça te rend triste ? »


Tu hoquettes, sens ton masque se fissurer, tandis qu’il se rapproche, tu t’efforces de rester de marbre à défaut de pouvoir reculer, bloqué par le mur dans ton dos. Pauvre enfant, tu rassembles les bris de ta barrière de glace, tu tentes de combler les failles. Mais elle fond entre tes doigts, devient eau dormante, incapable de t’assurer une protection suffisante. Pourquoi le repoussais-tu si cela te rendait triste ? Qui étais triste ? Comment avait-il pu… Deviner ? La faute n’allait pas à ton jeu d’acteur, mais tu ne comprenais pas, ne pouvais comprendre ce phénomène.
Le masque de verre tomba au sol où il finit de se briser, ton masque. Dos au mur, tu n’avais d’autre choix que de le regarder, le voir plonger ses yeux dans les tiens. Tu frissonnais, ne pouvais empêcher ta peau de rougir alors que son souffle effleurait tes lèvres. Tandis que ses lèvres se posaient sur ta peau. Traumatisé, tu craignais le contact, sursautais quand un épiderme avait l’impudeur de glisser sur le tiens. Pas aujourd’hui, la douceur de ce baiser te surprenait, tout autant que la fuite de ta sournoise tristesse. Sans doute était-ce la première fois qu’un être venait si près de toi, sans heurt, sans violence. La première fois depuis que le temps où les parents sont encore autorisés à câliner était révolu.

Les secondes s’étendaient, lentement, mais le temps filait malgré tout. Ses lèvres s’éloignèrent de ta peau, tu regardais ce visage, interdit. Il te semblait dur de faire le moindre geste, comme si tu redoutais les conséquences de tes actes. Tu humidifias tes propres lèvres du bout de ta langue, cherchant à te donner une contenance, à analyser avant d’agir, cesser de suivre tes instincts. Mais ton cerveau semblais être privé d’énergie, pas assez en tous cas, pour que tu puisse aligner des pensées rationnelles. Sur ta pauvre joue, sa main répandait une douce chaleur, calmant le feu de tes rougeurs, tu te concentrait dessus, fermait les yeux.

    « -Je ne pense pas que cela puisse être magique de souffrir. »


Tu parlais, prononçais des mots, un peu automatiquement, pour combler un silence trop pesant. Ton cœur, peu habitué à ce genre de rodéo se cognait bruyamment dans ta cage thoracique. Tu laisses un maigre sourire éclairer ton visage, un petit éclat de rire remonte depuis ta gorge, c’est nerveux, sans doute. Relâchant la tension accumulée, tu rigole doucement, seul. Tu ris, sans savoir de quoi. Pas de lui, de ce baiser d’enfant peut-être, d’imaginer le chevalier tendant l’oreille peut-être. Ou bien de toi.
Tu ne sais pas ce que tu ressent à l’instant, une certaine légèreté ? Tu lève tes paupières et observe le Summerer. Il n’avait pas usurpé sa classe. Seuls eux pouvaient avoir la bêtise ou peut-être la bravoure, de souffrir pour les autres. C’était là leur force, et ce qui te séparait d’eux.
Calmé par ton rire, tu respires enfin. Tu oses te poser la question qui s’insinue dans ton âme, pressante. « Pourquoi pas ? » Pourquoi ne pas essayer ? Pourquoi ne pas prendre le risque ? Tu ne pensais pas être un jour tombé amoureux, tu avais lu des livres, des histoires, des textes où l’on décrivait ce sentiment, tu ne savais pas si tu étais capable de le ressentir ces mots. Mais après tout, tu pouvais tenter, tester, même si cela l’exposait à quelques risques. Ça ne le dérangeait pas disait-il… Il avait été prévenu.
Tu avais toujours eu du mal avec les contes de fée, ces histoires de coup de foudre, de mariage immédiat entre une princesse tout juste réveillée et d’un prince touché par la grâce, cela te semblait absurde de croire à une histoire où comme par magie deux inconnus passaient leur vie ensemble sans heurts. Le divorce de tes parents avait bien entamé cette vision de rêve. Tu étais devenu blasé, incapable de croire aux miracles.

    « -Hum. Tu as été prévenu, tu ne pourras pas te plaindre, mais tu t’exposes à la colère de Gabriel de St Andrez. »


Il risquait fort d’être furieux, que tu puisse ainsi te retrouver au bras de quelqu’un malgré les barrières qu’il avait érigées autours et en toi, il n’allait pas le digérer. Il fallait aussi que tu te prépare au pire, moqueries, humiliations… Mais qu’il perde donc son calme, qu’il hurle. Il ne pourra voir en toi que le reflet de ses propres conquêtes. Pensais-il réellement que tu allais sagement t’accommoder de ta solitude ? Intérieurement, tu remerciais Ditfrid, transgresser les lois que St Andrez t’imposait était une façon de retrouver un semblant de dignité, de ne plus reculer sous la contrainte. Tu ne te rendais pas compte qu’avec cette attitude tu transformais le Summerer en pion, en nouvelle victime d’une interminable guerre.
Tendant le bras, tu posa ta main valide sur la nuque du garçon, l’attirant vers toi, après un dernier sourire tu posa tes lèvres sur les siennes, peut être maladroitement, peut-être un peu trop fermement. Un baiser, plus empreint de tendresse que d’un véritable amour. Tu y mis fin après quelques courtes secondes gêné par la tournure qu’avait prit ton expédition, normalement destinée à faire taire un chevalier trop bavard. Tu soupires, rougissant, effrayé à l’idée d’être mièvre.

    « -Tu es bizarre tu sais. Enfin, il faudra que tu m’explique pourquoi tu es tombé… Amoureux d’un type comme moi après à peine quelques minutes de fréquentation. »


Amour, amoureux… Tu avais du mal à articuler ces mots, intimidé par le sens qui s’y cachait. Ton esprit était bien cartésien, ou plutôt bien conforme à celui de ta maison. Tu voulais comprendre ce qui t’échappait, essayer au moins.


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MessageSujet: Re: Quiproquo. [PV Jean-Camille Douze]   

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Quiproquo. [PV Jean-Camille Douze]
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