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 Comme une goutte dans l'eau (libre)

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Kylian A. Kinai

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Date d'inscription : 18/07/2011

MessageSujet: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Dim 28 Aoû - 16:13

    Le soleil descendait doucement derrière les vitres alors que tu marchais le pas lent dans les couloirs de l’école. La journée avait été des plus banales. Tu avais assisté au cours de la journée, retenu l’essentiel. A présent, la plupart des gens étaient entassé dans le réfectoire. Tu aurais bien entendu du y être toi aussi mais tu avais besoin de calme. Une fois n’était pas coutume, tu n’avais pas laissé tes pas te guider vers la bibliothèque. Parce que même ce lieu où la discrétion est demandée, n’était pas calme pour toi.

    Aujourd’hui était une de ses journées où le bruissement des arbres à l’extérieur était trop fort pour toi. Où tu avais l’impression que ce couple d’oiseau sur le toit chantait au creux de tes oreilles. Où le murmure des deux élèves réfugié dans la salle d’étude te donne mal au crâne. Où même le grondement de tes pensées t’était douloureux. Une de ses journées ordinaires où ton don te pèse un peu plus.
    Alors tu marchais, dans ces couloirs vides de monde. Remplis de bruits. Au fond de toi, tu avais espérer pouvoir trouver un endroit calme. Un endroit où tu pourrais t’immergé dans le silence. Oublier ce monde autour de toi. Flotter dans une obscurité reposante.

    Et soudain, tes pas s’arrêtent. Quelque chose dans ce couloir a changé. Tu le sens. Tu le sais. Alors tu t’approches, perplexe. Contre toute attente, alors que ta main pensait aller à la rencontre du mur qui aurait du être, tes doigts effleurent quelque chose de plus fin. Une porte. Porte qui n’était pas là jusqu’à maintenant. Et tu te souviens. Quelques anciens élèves t’en avaient parlé. Ils en avaient parlé entre eux surtout. Tu avais écouté, entendu. Ca ne changeait rien. La salle sur demande. Apparaissant à ceux qui en ont besoin. Ce sur quoi elle ouvre dépend de la personne qui la invoquer. Par ses pensées. Par ses désirs. Tes désirs.

    Après un bref instant d’hésitation, tes doigts glissent sur la poignée pour finir par l’abaisser et franchir le pas de cette porte qui mène vers l’inconnu. Mais pas si inconnu que ça. Tu ne mets pas plus d’un bref instant pour savoir dans quel endroit tes pensées t’ont conduit. Le clapotis de l’eau. Le bruit sec du carrelage sous tes pieds. L’odeur de chlore. Tu avances dans la pièce, sans pensé à fermer cette porte qui t’a donné ce que tu cherchais. Le calme.
    Tu t’approches du bord de l’eau, t’accroupissant pour effleurer la surface. L’eau. Depuis ton enfance, c’est le seul moyen que tu as trouvé pour t’isoler complètement. Pour ne plus subir cette amplification du monde qui t’entoure. Dans l’eau, tout parait lointain. Étouffé.

    Comme si c’était une chose parfaitement naturelle à faire, tu rejoins le bord de la pièce. Un à un, tu déposes tes vêtements sur un banc de bois, comme celui de la piscine municipale de la ville où tu habitais. Ce qui aurait été parfait, c’est d’avoir un maillot de bain. Mais il était rare que tu te balades avec ce genre de vêtements avec toi. Surtout que tu ne pensais pas vraiment tomber sur cette pièce. C’est finalement en sous vêtements que tu finis par plonger. Sous l’eau, rien n’est plus. Il n’y a plus de vent. Plus de rire. Plus de pas. Rien que le mouvement de l’eau autour de toi. Les battements de ton cœur. Et c’est tout.

    Habitué, tu restes immergé. Ton souffle s’est habitué à tes séances aquatiques. Sans trop le vouloir, tu as entretenu un certain talent pour l’apnée. Plus par nécessité que par volonté. Flotter dans l’obscurité. Dans le calme. Ainsi immergé, même le bruissement de tes pensées ne semble pas t’atteindre. Comme si tu les avais laissés sur le bord de la piscine.
    Tu en as même oublié que tu as laissé ouvert l’accès à cette paix. Et tu n’entends pas les pas de cette silhouette qui s’avance doucement, curieuse, vers le bord de l’eau.



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Ditfrid Rahksen

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Lun 29 Aoû - 21:58

C'est difficile, aujourd'hui, tu as du mal à tenir le rythme. Peut-être est-ce cette pluie battante à l'extérieur qui rend les gens moroses, mais tu ne cesses de les exorciser de leurs peines. Aujourd'hui est une journée morte pour toi, même si tu croisais Elea, elle ne parviendrait pas à te rendre le sourire. Tu es trop morne, trop triste, trop touché par les Sentiments. Tes pas ne te mènent nulle part, tu n'as même pas été capable de suivre ce maudit cours de mathématiques plus de cinq minutes. « Tu vas bien, Ditfrid ? Tu veux aller à l'infirmerie ? » « Non Monsieur, merci, ce n'est pas la peine. ». Et alors ils t'avaient regardés avec le même regard, un regard de pitié et de perplexité. Comment fait-il pour être aussi peu réactif, se demandaient-ils. S'ils savaient, ces idiots, ce que tu fais pour eux...
C'est quoi, ce couloir ? Tu ne le connais même pas, tu as du y passer quelques fois sans t'en rendre compte, plongé dans tes pensées, mais il attire ton attention, cette fois-ci, sans que tu saches pourquoi. Tu l'inspectes d'un bout à l'autre, est-ce les pierres ou le dallage qui diffèrent du reste de l'école ? Non, sans doute pas. Attends voir... Cette porte au milieu du couloir, elle n'est pas là d'habitude. Malgré ton apparente méconnaissance de ce lieu, tu es persuadé que la porte est habituellement inexistante. De plus, elle est là, grande ouverte, béante comme une bouche d'égout d'où sortirait une odeur malsaine. Tu t'arrêtes devant la nouvelle porte. Tu jettes un regard à l'intérieur. Une piscine, c'est étrange. Tu n'étais pas au courant qu'il y avait une piscine à cet endroit de l'école. La pièce a l'air vide. Tu ne sais que faire... Et alors tu sens une vague de Tristesse t'assaillir, et tu ne te sens plus le courage de croiser d'autres personnes avant un moment, tu décides de t'enfermer, de te blottir dans les bras compatissants de la solitude, d'attendre que ton esprit se vide, s'éloigne de tout ressenti.
C'est bon, tu es seul. Seul dans cette grande pièce, tu as pu fermer la porte à clef derrière toi, et elle avait semblé s'enfoncer un peu. Sans doute que cette porte ne se fermait pas comme les autres, après tout, elle venait tout juste d'être installée. Ou alors peut-être qu'elle était devenue invisible pour ceux qui aurait voulu la franchir ? En fait, c'était plutôt ça, mais tu l'ignorais.
Soupir de soulagement.
Tu laisses une larme couler sur ta joue, ce n'est pas la tienne, c'est une larme d'un de ces élèves triste qui ne sait pas sa chance de vivre. Elle n'est pas tienne mais elle coule sur ta joue et tombe de tes yeux. Ce n'est pas grave. Tu t'approches alors de la piscine, tu t'accroupis sur le bord de l'eau, et tu plonges tes deux mains à l'intérieur, afin d'éclabousser ton visage avec un peu d'eau. Ainsi, la larme s'efface dans l'éclaboussure, c'est la magie du monde aquatique. Tu te relèves et tu te figes, il y a des vêtements, posés sur ce banc dans le coin de la salle. Il y a quelqu'un dans cette pièce. Tu pensais être seul, tu paniques légèrement, détestant être pris au dépourvu par quelqu'un. Tu espères au fond de toi qu'il – ou elle – ne t'a pas vu pleurer. Mais tu te rends vite compte qu'il n'y a personne aux alentours. Ton regard se pose sur l'eau qui est tout à fait plane, et tu vois une bulle éclater à sa surface. Dans l'eau. Il y a quelqu'un dans l'eau, c'était évident, comment pouvais-tu ne pas y avoir pensé plus tôt ?
Que faire maintenant ? Tu n'en as aucune idée, alors tu vas chercher les vêtements posés dans un coin de la pièce, et tu les ramasses, tu t'approches de nouveau de l'eau, et tu l'agites avec force, afin de faire part à celui ou celle qui était dans l'eau de ta présence.

« Hé, sors de là ! Tu te noies ou quoi ? »
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Kylian A. Kinai

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mar 30 Aoû - 10:10

    Le calme. La plénitude. Le vide.
    Là où certain en serait frustré, malade de tant de silence, toi tu es reposé. Apaisé. Tes traits qui était tendu –autant que peut l’être ton visage inexpressif- s’adoucissent. Tu ne sens même pas les secondes devenir des minutes. Et puis soudain. Un bruit. L’eau s’agite autour de toi. Te signale la présence d’une autre personne. Par reflex, tu relèves la tête vers la surface, vers un monde noir d’où tu ne décèles rien. Et une bulle d’air t’échappe. Tu l’entends éclater à la surface.

    La fin de ton calme. Tu ne serrais pas immergé, tu aurais sans doute soupiré. Pas vraiment contrarié. Tu aurais simplement aimé en profiter un peu plus. Juste un peu. Assis au fond de l’eau, tu restes encore un peu. Espérant qu’on n’est pas remarquer ta présence. Juste encore un peu. Espérance vaine car assez rapidement, l’eau s’agite bruyamment au dessus de toi. Vaguement, très vaguement tu perçois une voix. Etouffée. Assourdie. Tu sais juste qu’on te parle. Suffisamment fort pour couvrir l’agitation de l’eau. Suffisamment fort pour percer la surface de l’eau. Tu finis regagner la surface, avec aisance. En quelques mouvements. Et aussitôt, le clapotis de l’eau te revient. L’odeur de chlore t’assaille. Le souffle de l’autre te parvient. Sans trop de mal, tu rejoins le bord. Ta respiration est calme, habituée à tes minutes passé immergée. Tu n’as pas beaucoup de talent mais tu as au moins celui-ci. Peu utile en vérité. A limite, s’il y avait eu un quelconque club de natation, peut-être. Et encore.

    Appuyé sur le rebord, tu reprends pied dans la réalité. Au milieu de ses bruits. Ramenant tes cheveux en arrière, tu finis par tourner vaguement la tête vers l’inconnu. Tu te demandes comment il est arrivé ici. Dans cette pièce née d’un besoin de solitude. Peut-être qu’il cherchait ça lui aussi. Et le souvenir de la porte laisser ouverte te revient. Peu importe. Il n’a pas l’air d’une personne bruyante. Si ce n’est peut-être la façon qu’il a eu de te signifier sa présence. Surement par peur que tu te sois noyer ou quelque chose comme ça.

    « Désolé si je t’ai fais peur. »

    Etrangement, de ce qui t’entoure, tu ne perçois que vous deux. Comme si cette pièce était isolée. Coupée du reste du monde. Et tu te détends. Ce martellement incessant dans ta tête restera derrière ces murs encore un peu. Juste un peu plus. Tu finis par te hisser, pour t’assoir. Laissant l’eau gouter le plus simplement du monde jusqu’au carrelage. Il fait plutôt bon ici. Le fait d’être aussi peu vêtu ne pose pas de réel problème. En plus, ca pourrait être problématique de remettre tes vêtements de suite. Surtout que tu n’as rien pour te sécher. Ce genre de petit détail sur lesquels tu te dis que tu ferais mieux de t’attarder la prochaine fois.



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Ditfrid Rahksen

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mar 30 Aoû - 10:36

Tu t'inquiètes un peu. Non, tu ne sais pas t'inquiéter un peu, tu t'inquiètes beaucoup. Cette personne, au fond de l'eau, elle ne bouge même pas. Elle ne semble pas désirer remonter à la surface. Tu n'arrives même pas à distinguer de qui il s'agit, si tu la connais ou pas. Finalement, tu te trouves stupide, tu es là, regardant d'un air idiot le fond d'une piscine dans une pièce que tu ne connais même pas, sans agir, tu pourrais laisser cette personne mourir devant toi. D'ailleurs, tu te rends compte que les vêtements que tu avais pris pour permettre à cette personne de se rhabiller sont complètement inutiles étant donné qu'il n'y a rien ici pour se sécher. Tu les jettes sur le banc comme s'ils allaient se moquer de ta stupidité, et tu te décides à sauter dans l'eau, pas le temps de te déshabiller, il faut agir.

« Blop »

Ah... Ce n'est pas la peine, il est sorti. C'est un garçon. Tu le regardes sortir de l'eau, ses cheveux mouillés se collant sur les côtés de son crâne et ruisselant sur ses bras et son dos. Il s'assoit sur le bord de la piscine, ne semble même pas essoufflé. Pourtant, cela fait au moins cinq bonnes minutes qu'il est sous l'eau – étant donné que tu ne l'as pas vu plongé et que ça fait au moins cinq minutes que tu es ici. Tu es légèrement impressionné. Non, tu ne sais pas être légèrement impressionné par un garçon à demi-nu qui t'apparaît ruisselant d'eau. Peut-être pleurait-il, lui aussi ? Tu ne pouvais même pas le savoir, son visage était mouillé, ses larmes pouvaient très bien être noyées dans ce flot aqueux, ou alors elles pouvaient aussi très bien ne pas exister du tout. Il bouge, il ramène ses cheveux en arrière, il devait en avoir dans les yeux. Maintenant, il semble se reconnecter avec le monde qui s'entoure, comme s'il avait voulu, à un moment donné, se sentir libéré de tout. Il tourne la tête, approximativement en ta direction.

« Désolé si je t'ai fait peur. »

Tu ne réponds rien pour l'instant, tu l'observes. Il ne semble pas vraiment prendre attention à toi, il a l'air de te regarder sans te voir. En fait, tu as l'impression qu'il te ressent. C'est étrange d'ailleurs. Ton don réagit bizarrement, tu sens cette sensation dans tes tempes mais tu n'aspires aucune émotion. Tu essaies de te calmer, tu y parviens, ton don se désactive. Et tu comprends que ton interlocuteur est aveugle. Tu penses à ta sœur et à sa maladie, et tu te rends compte pour la énième fois qu'elle n'est pas la seule dans le monde à souffrir d'un handicap. Si seulement ton don était celui d'aspirer les maladies, et non pas les émotions...

« Je... Je pensais que tu te noyais. »

Quelle idée stupide. D'ailleurs, s'il s'était noyé, son corps aurait flotté, dans une piscine pleine de chlore, rester au fond de l'eau est une tache ardue. Mais, maintenant qu'il en était sorti, tu ne savais pas quoi lui dire, tu recherchais un peu de solitude, et tu tombe sur un mec aveugle au fond d'une piscine – pas commun, n'est-ce pas ? Qui plus est, tu n'es pas très à l'aise avec les garçons. Si seulement il aurait été une fille. C'est bizarre, il ne semblait pas être un grand parleur, peut-être lui aussi était-il timide ? Toi qui t'étais toujours dit que les personnes aveugles n'avaient aucune raison d'être timide car elle ne voyait pas comment les autres la regardait. Finalement, c'est peut-être pire, peut-être que, comme il ne sait pas comment on le regarde, il l'imagine.

« Tu... La porte était ouverte, mais, je l'ai refermée. Je ne savais pas qu'il y avait une piscine, ici. »

Tu ne te sens pas vraiment à l'aise, tu es debout, il est assis. Tu es habillé, il ne l'est pas. Il a les pieds dans l'eau, toi les pieds au sec. En fait, tu cherches désespérément quelque chose à faire pour l'aider, mais il n'y a pas de serviette, rien pour qu'il se sèche, mis à part le temps et la patience. Peut-être que la meilleure chose à faire aurait été de le laisser seul et de partir. Cependant, tu n'en avais pas envie, tu te sentais un peu mieux qu'à ton entrée dans la pièce, les émotions des autres s'évanouissaient petit à petit. C'était ton moment de repos.
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Kylian A. Kinai

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mar 30 Aoû - 11:33

    « Je... Je pensais que tu te noyais. »

    Réaction parfaitement normal. Tu avais presque oublié. La première fois qu’Aly t’avait trouvée immergé sous l’eau, dans la baignoire. Tu avais quel âge déjà ? 5 ou 6 ans. Peut-être un peu plus. Elle aussi avait eu peur. Peur que tu te noies. Sauf qu’elle t’avait attrapé par la peau du cou et t’avais sortir de l’eau. Juste avant de te vriller les tympans en te criant. Avec toute la frayeur que tu avais pu lui causer. Et ce souvenir te fait très vaguement sourire. Avec ton air absent.

    Mais maintenant, tu sais que tu ne connais pas cette personne. Ce garçon. Peut-être un peu plus vieux que toi. Pas de beaucoup. Sa voix ne te reviens pas en mémoire, il n’est donc pas dans la même classe que toi. Ni même la même maison. Aussi invraisemblable que ca puisse paraitre, tu avais, dans un recoin de ta tête, plus ou moins retenu les voix des personnes que tu avais pu croiser dans tes cours. Tes clubs. Ta salle commune. Pas au point de pouvoir mettre un nom sur chacun d’entre eux mais au moins de pouvoir les différencier du reste des élèves. Mais cette personne qui se tenait debout à coté de toi. Elle faisait partit du reste des élèves.

    Tu pouvais dire tellement de chose rien qu’avec cette phrase qu’il avait pu dire. Parfois, cette faculté d’analyse n’était pas pour aider ce coté peu loquace de ta personnalité. Sa voix, hésitante, trahissait une timidité. Un sentiment de malaise. Du à toi. Du à ton handicape qu’il avait ou n’avait pas remarqué. Du a ton silence. Ca, tu ne le savais pas. Tu ne pouvais pas non plus tout savoir. Tu le sens tourmenté. Son corps se balance, comme tiraillé entre des dilemmes que lui seul connait. Mouvement inconscient, imperceptible. Signe que tes sens captent. Comme ton t-shirt, négligemment jeté un peu plus tôt, qui chute en silence du banc sur lequel il reposait de façon bien trop précaire.

    « Tu... La porte était ouverte, mais, je l'ai refermée. Je ne savais pas qu'il y avait une piscine, ici. »

    Tu es surpris. De façon silencieuse. Tu pensais que tout le monde connaissait l’existence de cette pièce. Tu avais oublié que tu étais dans cette maison. Celle des Faithbees. Celle de ceux qui savent tout ou qui se plaisent à le croire. Tu restes assis, les pieds dans l’eau, attendant simplement que l’eau ait finit de glisser sur ta peau. Attirée vers le sol par les lois de la gravité. Tu attends d’être sec tout simplement.

    « Il n’y en a pas. » dis-tu simplement. Sans te rendre compte que c’est une réponse plutôt étrange. Tu penses trop, Kylian. Tu en oublies parfois de parler. D’expliquer tes mots. Et tu le réalises, décidant d’expliquer cette affirmation des plus absurdes. « Cette pièce, c’est la salle des demandes. Elle ne se montre que lorsqu’on en a besoin. Avec ce dont on a besoin. ». Aussi expressif qu’un cours récité. Tu as toujours eu ce mauvais reflexe. Celui que tu as avec les inconnus. Tu ne sais pas comment agir. Comment parler. Comment te montrer plus… Moins toi. Moins Kylian Alexis. Tu t’es contenté de répéter ce qu’on t’en avait dit. Avec les mêmes mots qu’on avait utilisés.

    Tu n’étais pas doué. Tu ne savais pas comment l’être. Pourtant, ce garçon n’était pas d’une compagnie désagréable. Il était calme. Surement un Summerers. Les Sprinties avaient la mauvaise tendance à être bien plus bruyant. Expansif. Fatiguant. Tu ne les détestais pas pour autant. Tu ne détestais personne. Mais à cet instant, être en compagnie de l’un d’eux aurait été vraiment, vraiment très pénible pour toi. Toi qui cherchais la solitude. Le calme.
    Et une idée t’effleure soudain. Le malaise de ton camarade trouve une explication possible. Une hypothèse. Et tu lèves la tête vers lui. Tu le regardes avec toute l’illusion que tu sais donner à tes yeux vides. Tes yeux qui ne voient plus.

    « Ta présence ne me gêne pas. Tu peux rester si tu veux. »

    Tu ne connaissais pas le fonctionnement de cette pièce. Mais tu avais souvent du mal à croire au hasard. Surtout depuis que tu étais arrivé ici. Que le hasard t’avait fait retrouver quelqu’un qui comptait. T’avais fait croisé la route de nouvelle personne qui pourrait t’aider. A oublier. A repartir. A te construire. Le hasard n’était qu’un mot d’ordinaire. Mais pas ici.



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Ditfrid Rahksen

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mar 30 Aoû - 12:52

« Il n'y en a pas. » dit-il simplement. Tu restais perplexe, les bras ballants, les doigts de ta main gauche à demi tendue, comme pour pointer la piscine du doigt.
Et c'est quoi ça alors ?
La perplexité et le cynisme, ce n'est pas trop ton truc, d'ailleurs, tu es trop timide pour en user avec les garçons, alors tu te tais et tu attends davantage d'explications. Il n'a pas l'air d'être très bavard, de toute façon.

« Cette pièce, c’est la salle des demandes. Elle ne se montre que lorsqu’on en a besoin. Avec ce dont on a besoin. »

C'est étrange, tu n'avais jamais entendu parlé de cette pièce, encore un des endroits magiques que recelait Synchronicity. Plus le temps passait, et plus tu aimais cette école. Elle était synonyme de surprise, de don et d'étonnement. Tu repensas alors à la façon dont la porte s'était enfoncée lorsque tu l'avais fermée, et tu compris que personne ne pourrait plus rentrer tant que vous ne seriez pas sortis.

« Je pense que... Tant qu'on ne sortira pas, personne ne pourra entrer. J'ai fermé la porte, elle s'est enfoncée un peu.

Le garçon ne répond pas, tu ne sais pas où te mettre, tu te sens de trop bizarrement. S'il avait été en proie à une Tristesse ou un Ressentiment, tu aurais pu l'aider, avec ton don, et ça t'aurait permis de te sentir utile. Mais pour l'instant, ton don te restait inutile. Tu te balançais d'avant en arrière, sur les côtés, ton esprit se vidait comme il avait coutume de le faire quand tu étais seul, tu ne pensais plus à rien, juste au fait que tu ne savais pas ce que tu fichais ici. C'était étrange, tout de même, cette sensation d'être seul alors que tu étais en compagnie de cet étrange garçon aveugle. Ce garçon qui essaie de regarder dans ta direction, pour faire semblant de voir encore malgré sa cécité. Il parle.

« Ta présence ne me gêne pas. Tu peux rester si tu veux. »
Comment avait-il fait ? Une simple phrase pour que ton gêne disparaisse. Il ne te voyait pas, il ne pouvait même pas voir quelle tête tu faisais, et il comprenait que tu te sentais gêné d'être ici, en sa compagnie. Ce garçon, il avait un don extraordinaire. Il savait trouver les mots. Toi, Ditfrid, tu ne sais qu'aspirer, avaler comme un vampire émotif toutes les sensations des autres, parce que c'est le seul moyen que tu as trouvé pour les rendre heureux. Ce garçon, lui, il arrive à trouver des mots pour que tu te sentes mieux, sans avoir besoin d'aspirer ton gêne. Ce n'était peut-être pas son Don, mais c'est au moins un don.

« Merci. »

Tu lui offres un sourire triste qu'il ne voit pas. Et tu te demandes ce que tu pourrais lui faire en retour pour le remercier de t'avoir retiré ta gêne, tu ne trouves pas, tu le lui vaudras plus tard. En tout cas, il n'a presque rien dit, mais tu l'aimes bien.

« Tu n'as pas froid ? Peut-être qu'il y a des serviettes cachées dans un coin de la pièce, je peux chercher pour toi, si tu veux. »
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Kylian A. Kinai

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mar 30 Aoû - 14:25

    Comme pour confirmer tes soupçons, l’autre garçon t’expliqua que la porte s’était fermée. Elle s’était voilé aux yeux du reste du monde. Ce n’était pas plus mal. La situation t’allait parfaitement comme ça. Et il se balançait. Il semblait chercher où se mettre. Mais juste après ta remarque, il sembla s’apaisé. L’oscillation de ses mouvements se calma. Se stoppa. Toute son attitude montra que ta phrase avait, non seulement visé juste, mais qu’elle avait du même coup régler le problème.

    « Merci. »

    Tu ne comprenais pas pourquoi il te remerciait. Ni pourquoi il avait ce sourire triste. Ce sourire dans la voix. Beaucoup de gens l’ignorait mais la plupart de nos expressions, au moins quand il s’agissait de nos lèvres, se trahissait dans notre voix. Par un ton. Par un décibel. Par une intonation. Par un simple détail. Un de ses détails que tu avais appris par cœur. Que tu avais finit par comprendre.

    Finalement, tu fis un simple signe de tête pour lui faire comprendre que ce n’était rien. L’atmosphère était bien plus agréable pour toi s’il n’était pas aussi tendu. Alors il fallait voir ça comme un acte intéressée. Ou quelque chose s’en approchant plus ou moins. Doucement, au fil des minutes qui coulaient, ta peau sembla se débarrasser de l’eau tiède qui la couvrait. Et doucement, le froid commença à s’installer. Un frisson remonte sournoisement le long de ton échine, t’arrachant un léger tressaillement. Et au même instant, comme s’il avait deviné, l’autre te proposa de te trouver une serviette. Comme si ta peau venait simplement de le remarquer, la chair de poule commença à te gagner.

    « Je veux bien s’il te plait … euh… »

    Tout en frottant le bras, tu cherchais s’il t’avait dis son nom. Vous n’aviez pas échangé grand-chose mais il arrivait parfois que tu passes sur certaine phrase qu’on pouvait te dire. Trop perdu que tu étais dans tes propres pensés. Tu savais que tu n’avais pas décliné ta propre identité. Ce n’était pas vraiment une chose que tu avais l’habitude de faire. Et pourtant, tu avais remarqué que ton silence le mettait mal à l’aise. Alors tu allais faire un effort. Un petit pas de plus. Vers les autres. Juste vers cet inconnu. Surement que cette pièce calme aidait. Tu étais dans de bonne disposition pour tenter de te montrer plus sociale. Juste un peu mais pas trop. Tu ne devais pas oublier. De ne pas trop te rapprocher. De ne pas trop te lier. Juste un peu. Juste ce qu’il fallait.

    « Excuse-moi… Je ne sais plus si tu m’as dis ton nom. Je m’appelle Kylian. »

    Et tu l’entendais. Ta grande sœur. Celle qui avait tenté de t’apprendre à être plus communicatif. « Quand tu demandes quelque chose, n’oublie pas que ce n’est jamais à sens-unique. Tu dois donner pour recevoir ». Mais bien sûr, maladroit que tu es Kylian, tu appliquais ça un peu trop à la lettre. Donner ton nom pour avoir le sien n’était pas vraiment quelque chose d’obligatoire. Mais bon, disons que ca faisait partie de ce qui faisait que tu étais… toi.



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Ditfrid Rahksen

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mar 30 Aoû - 15:54

Tu regardais ton interlocuteur avec intensité, tu n'arrivais pas à déterminer son caractère, était-ce du détachement ou une totale indifférence aux autres ? Il était sans doute Faithbee, son caractère collait avec la maison, en apparence. Cependant, peu importe le caractère des gens, tu étais décidé de t'entendre avec tous ceux qui le méritaient, c'est à dire tout ceux qui ne blâmerait pas leur état d'être vivant et qui n'empêcherait pas les autres à vivre pleinement. Ce garçon, il semblait être tout à fait disposer à ignorer les autres tout en profitant de sa propre vie.

« Je veux bien s’il te plait … euh… »

Heureux de pouvoir te rendre utile, tu entrepris de fouiller la pièce, tu commenças à faire le tour de la salle, tes pas raisonnaient sur le dallage tandis que tu t'éloignais du Faithbee. Tout résonnait dans cette grande salle vidée, pratiquement, de tout meuble. Tu trouvas facilement un passage au bout d'un mur, derrière celui-ci se trouvait une sorte de grand vestiaire, avec plein de serviettes, et des douches, c'était un endroit superbe, en fait.

« Excuse-moi… Je ne sais plus si tu m’as dis ton nom. Je m’appelle Kylian. »

Tu t'arrêtes à la porte des vestiaires, et tu souris un peu. Tu te souviens des premiers temps de la vie, quand on est petit et insouciant et que la première chose et la seule chose qui nous intéresse chez l'autre, c'est son prénom. « Comment tu t'appelles ? » disent les petits... Et cinq minutes plus tard, ils sont les meilleurs amis du monde. Eux, ne s'arrêtent pas à l'aspect de leurs camarades.
Kylian, lui, ne t'a pas posé la question directement, c'est la froideur qui s'installe au moment où l'on devient adulte, on se sent toujours obligé de poser les questions de façon voilées, on a peur des réponses. Mais tu n'es pas dérangé par cette façon de parler, elle t'est habituelle à présent.

« Moi, c'est Ditfrid. »

Sans attendre de réponse, tu avances dans les vestiaires et tu prends la première serviette qui se présente, tu tends la main vers une deuxième, tu sembles réfléchir, hésitant, puis tu en prends une deuxième. Tu reviens presque en courant dans la pièce principale, avec la piscine à l'eau chlorée. Tu te rends compte qu'il y a une grande fenêtre au bout de la pièce, sur laquelle s'écrase une pluie battante. Tu adores te baigner quand il pleut, alors tu poses les deux serviettes à côté des vêtements de Kylian, et tu enlèves tes vêtements que tu poses à côté, tu t'approches de l'eau précautionneusement, et tu sautes. Tu retombes en I dans l'eau. Plouf. Tu as à peine fait de bruit, mais l'eau remue tout autour de toi. Tu remontes à la surface et plaque tes cheveux en arrière. Kylian n'a pas l'air d'avoir bouger, tu te demandes comment il fait pour vivre avec sa cécité, sans rien ni personne pour l'aider. Sa débrouillardise t'impressionne, il devrait y avoir plus de monde dans son genre, des personnes capables de se débrouiller seule, ça devient rare.

« Ce serait dommage de ne pas profiter un peu plus d'une si jolie piscine, tu ne crois pas ? En plus, j'adore me baigner quand il pleut. »

Tu commençais à être à l'aise, ça se ressentait dans la longueur de tes phrases, tu attendais un peu, et sans doute que tu poserais des questions à ce Kylian, tu étais trop curieux pour ne pas lui poser des tas de questions sur sa vie... En espérant qu'il le prenne bien. Déjà, il faudrait qu'il accepte de plonger encore une fois. Peut-être préfère-t-il se baigner seul ?
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Kylian A. Kinai

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mar 30 Aoû - 17:17

    Tu l’entendais courir à droite, à gauche. Avec ces allées et venues, tu arrivais à mieux évaluer cet endroit. La pièce avait l’air bien plus grand que tu ne l’aurais cru. Tu n’avais pas vraiment pris la peine de la parcourir à vrai dire. Tu t’étais contenté de plonger. Tu aurais presque pu plonger tout habiller, si tu n’avais pas eu un tant soit peu de jugeote. En écho, à l’autre bout de la pièce, l’autre finit par lui répondre. Ditfrid. C’était un nom… intriguant. Suédois. Norvégien peut-être. Un nom germanique sans aucun doute. La consonance et la prononciation plutôt… particulière aidait à deviner facilement l’origine. Ne serais-ce qu’approximativement.

    Vraiment. Il y a vraiment des personnes de tout horizon. C’était assez enrichissant. Un peu effrayant aussi. Tant de personne. Si différente. Avec des habitudes de vies tellement éloigné. Tu te demandais comment vous arriviez à tous vivre ici, en interne, sans qu’il y ait plus de problème. C’était une question de statistique. Ne serais-ce que les rancunes entre certains pays limitrophe. Peut-être que le directeur avait un pouvoir particulier. Un don. Qui lui permettait de tout faire pour que tout se passe pour le mieux. Et pour les langues ?

    Mauvaise habitude. Tu t’étais encore perdu dans tes pensées, ne bougeant pas d’un pouce. Et il était déjà de retour, déposant les serviettes là où étaient tes vêtements. Un bruissement de vêtement attira ton attention. Et alors que tu t’apprêtes à te retourner, il revient vers le bord et plonge. Non, en fait, il saute. S’enfonçant rapidement sous l’eau. Presque sans un bruit. Seul le remoud de l’eau autour de tes jambes. Comme un enfant. A cette idée, tu esquisses le début d’un sourire. C’est vrai qu’il a les expressions, les réactions d’un enfant. Tu serais curieux de savoir quelle expression se peint sur son visage alors qu’il barbotte dans l’eau.

    « Ce serait dommage de ne pas profiter un peu plus d'une si jolie piscine, tu ne crois pas ? En plus, j'adore me baigner quand il pleut. »

    La pluie. C’est vrai. Maintenant qu’il en parlait, tu entendais vaguement des gouttes marteler sur une vitre. Trop occupé par le clapotis de l’eau, les déplacements de ton camarade, tu ne l’avais pas remarqué plus tôt. Tu étais surpris. Tu ne comprenais pas comment tu avais fait pour ne pas t’en rendre compte. Peut-être que tu avais concentré ton attention sur autre chose. Quoiqu’il en soit, tu te contentas de reporter ton attention sur celui qui nageait dans l’eau non loin de toi.

    « Je ne sais pas trop si elle est jolie. L’eau me permet juste d’être au calme. »

    Tu restais dans l’eau. Nager, ce n’était pas ton truc. Tu n’avais de talent que pour l’apnée. Et plonger à la limite. Tu avais répondu de façon honnête, comme toujours. Avec un ton monocorde. Comme toujours. Tu n’avais pas cherché à être sec. Tu avais dis les choses comme tu les voyais. Comme tu les pensais. De façon trop académique. Trop droite. Et comme si l’écho te ramenait cette impression, tu le réalisais. Ta main se serre un peu sur le bord.

    « ... J’entends, je perçois moins les choses quand je suis immergé. »

    Tu avais essayé. Essayer d’adoucir. D’être moins… Toi. C’était maladroit. Ca sonnait comme forcé. Rien d’étonnant. Ca l’était. Mais tu essayais.



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Ditfrid Rahksen

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mar 30 Aoû - 17:49

« Je ne sais pas trop si elle est jolie. L’eau me permet juste d’être au calme. »

Tu es idiot, tu aurais du y penser avant, ne pas utiliser un qualificatif comme celui-ci. Tu restais sur place, sans vraiment nager, l'eau était bonne, juste à la température idéale. Toi qui avait l'habitude du froid scandinave, tu n'avais pas besoin qu'il fasse bien chaud pour te sentir à l'aise. Te sentant un peu bête, tu t'approchas doucement de Kylian, sans faire trop de remouds. Et tu posas ta main sur le bord de l'eau.

« ... J’entends, je perçois moins les choses quand je suis immergé. »

Tes doigts se crispent légèrement. Toi aussi, tu te refuges parfois dans l'eau, elle est comme une barrière contre les autres, et quand tu as du mal à supporter ton pouvoir, tu apprécies le calme de l'eau. Cependant, tu as envie de rattraper ta bourde, tu as l'impression d'enchaîner les gaffes avec ce garçon, qui lui, essaye pourtant de faire des efforts de socialisation. Vraiment, la rencontre de deux êtres timides pouvait être particulièrement spéciale.

« Et cette quiétude que l'eau t'offre, n'est-elle pas jolie ? Je suis sûr qu'au fond de toi, tu sais que cette piscine est jolie. »

Tes mots étaient quelque peu maladroits, du moins, il te semblait. Et ta maladresse rebondissait sur les murs tandis que l'écho de ta voix retentissait un peu partout. « Elle est jolie... est jolie... jolie... lie... ». Tu trouves que l'écho a quelque chose de beau, c'est un peu comme le fantôme des paroles. Et tu as l'intime conviction que si les choses se répètent ainsi, c'est parce qu'elles sont importantes pour ceux qui l'écoutent, sinon, quel serait l'intérêt qu'elles ricochent sur les murs ?
A vrai dire, ce moment te semble beau, un moment parfait. La pluie qui bat contre la pluie, le clapotis de l'eau de la piscine, la grande salle qui résonne. Tout te semble beau. Finalement, Kylian n'a pas l'air décidé à refaire un plongeon, peut-être que l'eau ne lui est agréable que lorsqu'il est seul. Tu le comprends un peu... Il tremble. Il a froid, et toi, tu as été distrait par une simple envie de te baigner.
Décidément, Ditfrid, tu gaffes beaucoup ces derniers temps...
Tu sors de l'eau tout doucement, en essayant de faire le moins d'éclaboussure possible. Tu as oublié tout ce que tu avais fait de la journée, seul ne restait que l'instant présent et le désir de parler à cet inconnu. Tout en te dirigeant vers les serviettes, tu l'observes, il a l'air de tendre l'oreille, comme pour écouter ce que tu fais. Les aveugles ont leurs autres sens plus aiguisés, c'est ce qui se dit, en tout as, tu n'avais jamais pu le vérifier. Sans avoir le temps de t'en rendre compte, tu es à côté de lui, deux serviettes dans les mains. Tu en poses une sur ses épaules, lui frotte un peu le dos en prenant garde à ce qu'elle ne touche pas l'eau. Puis tu t'assoies à côté de lui, les jambes dans l'eau tiède, et tu poses toi aussi ta serviette sur tes épaules.

« C'est... On dit que les gens qui ne peuvent plus voir... on dit qu'ils ont leurs autres sens plus aiguisés. C'est vrai ? »

Tu rougis un peu, tu as l'impression de le violer, de lui retirer cette part d'intimité qui doit lui être chère. De lui arracher des mots de la bouche. Alors tu balbuties des excuses :

« Je suis désolé... Ça ne me regarde peut-être pas. »
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Kylian A. Kinai

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mar 30 Aoû - 18:26

    Un vague silence s’installe. Bien malgré toi. Tu le sais. Tu le sens. Ta phrase a eu l’effet d’une pierre que l’on jette au milieu d’une flaque. La surface se froisse. Le calme s’agite. Un fois de plus, ta franchise a été un peu trop… franche. Il revenait vers toi. Surement avec l’impression d’avoir dit quelque chose de trop. Quelque chose qui ne fallait pas. Pourtant, tu n’avais pas été gêné de sa remarque. Elle ne t’avait pas lésé. Tu n’avais pas l’impression de passé à coté de quoique se soit. Mais comment quelqu’un qui se fiait à ce que c’est yeux pouvait voir, pourrait-il comprendre ? Parce que les choses peuvent être belles. Au delà de ce qu’on en voyait. Au-delà des apparences. Il y avait tellement de chose qui pouvait être belle. Toi-même, tu ne l’avais pas apprit seul. Il avait fallut que tu rencontres des gens. Des gens qui ne s’arrêtent pas à l’aspect des choses. D’autres personnes qui, sans le moindre don, voient le monde avec leur cœur. Elle.

    « Et cette quiétude que l'eau t'offre, n'est-elle pas jolie ? Je suis sûr qu'au fond de toi, tu sais que cette piscine est jolie. »

    Ton regard s’agrandit sous la surprise. Et finalement, tes traits s’adoucissent. Sans que tu t’en rendes réellement compte. Sans que tu le fasses exprès. Oui. C’est vrai. Au fond de toi, tu le sais. Le carrelage pourrait être affreux. Le papier peint ressemblé à ceux que l’on trouve chez les vieilles dames. Cette piscine serait belle. Parce qu’elle t’offre un havre. Une zone neutre. Calme. Cette pièce t’offre une paix. Cette eau qui te fait un cocon qui ne laisse rien filtrer des agressions du monde au dehors. Oui.

    « Tu as raison. »

    A demi-mot, tu l’as pensé un peu trop fort. Les mots discrets ont passé tes lèvres, masqués par le bruit de ton camarade qui sort de l’eau juste à coté de toi. Sans suivre ses moindres déplacements comme un radar, tu écoutes quand même. Par habitude. Par méfiance. Par tant de chose qui font que c’est devenu quelque chose de naturel.

    Il ne tarde pas à revenir vers toi et pose la serviette sur tes épaules. Tu avais presque oublié que tu avais froid. Trop perdu que tu étais sur comment agir. Comment réagir. Mais ton corps lui, s’en souvenait. Il acceptait avec plaisir le réconfort de la chaleur de la serviette éponge. Tu te raidis un bref, très bref instant au contact de sa main dans ton dos. Un simple geste anodin mais le contact était toujours un peu angoissant. Ce fut bref cependant. Juste le temps qu’il fallut à ton esprit pour te rassurer. Il y avait la serviette. Tout allait bien. Serviette que tu gardais à présent bien soigneusement entouré autour de toi alors qu’il s’asseyait à tes cotés.

    « C'est... On dit que les gens qui ne peuvent plus voir... on dit qu'ils ont leurs autres sens plus aiguisés. C'est vrai ? »

    Même si tu avais espéré quelque part qu’il ne l’ai pas remarqué, tu avais quand même compris qu’il savait. Par son attitude. Par son coté protecteur. Un peu comme la plupart des gens pouvait l’être avec toi. Tu avais juste pensé, espéré, que ca soit dans son caractère. La plupart des gens voyait ta cécité comme un handicape majeur. Il avait tendance à te diminuer. Te traiter comme une personne qui n’en était plus complètement une. C’était quelque chose qui te mettait mal à l’aise. Et pourtant, la façon qu’il avait eu de te poser sa question avait réussit à diminuer ce sentiment. Il avait mis en avant ce que tu aurais pu gagner face à ce que tu n’avais plus.

    Tu n’avais même pas eu le temps de lui répondre qu’il s’excusait déjà de sa curiosité. Une raison de plus pour lui répondre. Tu tournas ton regard face à toi, bougeant légèrement tes pieds dans l’eau. Un enfant qui s’interroge. Avec innocence. Un enfant avec la conscience d’une personne plus âgé. Conscient des conséquences que la curiosité peut avoir. Et ce genre de curiosité, innocente, tu ne voyais pas de raison de ne pas la contenter.

    « En fait, je ne suis pas véritablement aveugle. C’est une sorte… d’effet secondaire de mon don. Je vois les choses autrement. Je les perçois. »

    Et comme à chaque fois que tu devais l’expliquer, tu hésitais. Tu butais sur les mots. C’était une chose qui se vivait. Rien ne pouvait le poser avec des termes simples. Et finalement, tu en revenais toujours à cette explication. La sienne. Son explication à Elle.

    « Quelqu’un appelait ça ‘les yeux du cœurs’. »

    Et un vague sourire triste passe, comme un mirage, sur ton visage. Ton estomac se noue légèrement avant que tu balayes ce vague à l’âme d’un simple battement de cil et que tu reprennes le fil de ta réponse.

    « Mais j’imagine que ca se base un peu sur le même système pour les personnes qui perdent la vue à cause d’une maladie. C’est une sorte de système de compensation du corps. »

    Compensation du corps. Ca aurait pu être si simple expliquer comme ça. L’activation de son don avait entrainé chez lui aussi une compensation de son corps. Il avait perdu la vue physique quand sa perception du monde s’était élargie. Comme si quelqu’un avait décidé qu’il en verrait bien assez à l’avenir pour ne plus avoir besoin de ce sens.



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Ditfrid Rahksen

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mar 30 Aoû - 18:49

« En fait, je ne suis pas véritablement aveugle. C’est une sorte… d’effet secondaire de mon don. Je vois les choses autrement. Je les perçois. »

Curieux, tu resserras la serviette autour de toi, frottant énergiquement tes bras, ton torse, ton dos, afin que plus aucune goutte d'eau ne s'écoule sur ta peau blanche. Tu continues cependant d'écouter en t'activant.

« Quelqu’un appelait ça ‘les yeux du cœurs’. » 

Tu sens ton pouvoir qui s'active l'espace d'un instant, un léger trouble t'assaille, ça dura à peine quelques secondes. Kylian avait refoulé ses émotions. Tu le regardes, impressionné. Tu n'as pas l'habitude de croiser des gens qui savent à ce point contrôler ce qu'ils ressentent. Ce garçon n'avait pas besoin de toi, et tu en étais aussi désappointé que fier. Au moins, Dieu avait mis à tes côté quelqu'un qui avait la force de vivre.

« Mais j’imagine que ca se base un peu sur le même système pour les personnes qui perdent la vue à cause d’une maladie. C’est une sorte de système de compensation du corps. »

Les yeux du cœur. Tu comprenais, enfin... il te semblait. Ce garçon avait comme toi une sorte de sixième sens, quelque chose qui lui permettait de percevoir, de ressentir, ce qu'il y avait autour de lui. Cependant, toi, ton don est limité aux Émotions des autres. D'ailleurs, il semble être calme depuis que tu es ici. Le fait est que tu l'as dressé pour qu'il s'active aux seuls moments où une émotion néfaste assaillait une personne qui t'entoure. Ainsi, jamais tu n'absorbais la Joie, la Fierté. Tu n'absorbais que la Tristesse, la Rancune, la Colère. Tu fus émerveillé, en quelques sortes, par le don de Kylian. Alors tu lui répétas ce que ton père te disait souvent.

« Tu sais... Tu as de la chance. Dieu t'a offert ce Don. Il t'a choisi toi parmi tous les autres. Tu dois en être fier. »

Tu récitais ces paroles comme si elles venaient d'un Dieu même. Mais après tout, peut-être que les dons n'étaient que des malédictions ? Peut-être avaient-ils pour but de détruire des personnes qui ne méritaient pas la vie. Après tout, ton don te détruisait peu à peu, toi. Toi qui veut que le monde vive heureux, alors que tu ne parviens même pas à vivre tout court. Ce soir, tu auras encore rencontré des gens de mauvaise humeur, et tu leur aura rendu la possibilité de redevenir neutre, alors que toi, jusque tard dans la nuit, tu subiras leurs maux. Mais tu n'y crois pas. Pour toi, ce Don est vraiment un Don. Il ne peut qu'être bénéfique, il est le symbole d'une mission qu'un Dieu t'a donné. D'ailleurs, tu es persuadé que tous les Dons, de toutes les personnes de cette école, ont une vocation spéciale. Tu es sûr que tous ceux présents ici sont dévoués à faire quelque chose de grand dans leur vie... cependant, tu doutes que beaucoup d'entre eux s'en rendent compte avant longtemps.
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Kylian A. Kinai

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mar 30 Aoû - 19:19

    « Tu sais... Tu as de la chance. Dieu t'a offert ce Don. Il t'a choisi toi parmi tous les autres. Tu dois en être fier. »

    Tout ton corps se crispa. Tes pieds devinrent immobiles sous l’eau. De la chance. Tu étais parfaitement incapable de considéré ça comme de la chance. Et presque comme si tu n’avais pas pu retenir ses pensées, tu lui répondis presque instantanément. Avec un ton plus sec. Un ton qui ne te ressemblait pas. Un ton que tu ne remarquas même pas sur l’instant.

    « Ce n’est pas une chance. C’est une malédiction. Ce don n’a fait que détruire les gens qui m’entourent. Si jamais il y a un Dieu qui a décidé de me donner ce pouvoir, c’était parce qu’il me détestait. Je ne verrais jamais cette chose comme une chance, un don ou une bénédiction divine. »

    Tu savais qu’il n’avait pas dit ça en pensant à mal. Il était surement plus facile de rester sur cette croyance. Penser que ce don était un acte divin. Une décision de quelqu’un de plus grand, afin d’accomplir quelque chose. D’être choisit. D’être élu. Pourtant, ce que Ditfrid voyait comme un cadeau céleste, tu n’arrivais pas à l’accueillir comme tel. Depuis l’âge de 5 ans, petit à petit, ça avait réduit ta famille à néant, t’avait privé de tout contact avec les autres, t’avait descendu à un statut de sous-être éternellement sous estimer. Et par-dessus ça, il avait réussit à briser le peu que tu étais parvenu à construire.

    Et pourtant, l’écho de tes paroles résonnait de façon trop brutale dans ta tête. Tes mains se desserrent de sur la serviette et ton expression se radoucit. Le balancement régulier de tes jambes immergées reprit, tranquillement.

    « …excuse moi. »

    Tu n’avais pas voulu t’énerver. T’emporter aussi facilement. Même si tu avais repris ton calme rapidement, tu avais une espèce de malaise qui demeurait. Vraiment, tu n’étais pas adroit avec les autres. Réussir en quelques instants à rompre la quiétude d’une atmosphère. En quelques mots, anéantir ce que plusieurs phrases avaient durement réussir à installer. Et tu soupirais face à ta propre bêtise. Comment aurait-il pu savoir que cette remarque d’une candeur pareille aurait pu le faire réagir ainsi ? Ce n’est pas comme si tu rabrouer maintenant changerait les choses Kylian. Tu le savais après tout. Il fallait vivre avec les choses une fois qu’elles étaient faites.



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Ditfrid Rahksen

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mar 30 Aoû - 19:58

A peine avais-tu eu le temps de te plonger dans tes pensées métaphysiques que tu sentis ton pouvoir s'activer. Lui qui semblait si calme il y a quelques instants. Tu sentis alors la Rage s'introduire en toi, la Colère était de retour. Tu regardas Kylian avec des yeux interrogateurs où brillaient sans doute sa propre Colère.

« Ce n’est pas une chance. C’est une malédiction. Ce don n’a fait que détruire les gens qui m’entourent. Si jamais il y a un Dieu qui a décidé de me donner ce pouvoir, c’était parce qu’il me détestait. Je ne verrais jamais cette chose comme une chance, un don ou une bénédiction divine. »

Tes yeux s'écarquillèrent au fur et à mesure que le garçon parlait. Comment pouvait-il penser ça ? Ton Don, il était fatigant, certes, mais tu l'aimais. D'ailleurs, on t'avait tellement souvent dit qu'il était une chance que tu ne pouvais pas penser qu'il n'en était pas une. Et d'ailleurs, tu n'aimais pas les gens qui n'en étaient pas fiers. Bientôt, ton Don s'arrêta, le Faithbee avait utilisé sa faculté incroyable pour refouler ses émotions, ainsi, sa Colère disparut. Mais toi, la tienne, ta colère personnelle, était toujours là. Tu sentais le sermon monter, l'envie de lui mettre une gifle pour le faire réagir, l'immense désir de lui expliquer avec maints et maints arguments que son Don est un cadeau et non une malédiction. Tu te crispas à ton tour, serrant la serviette dans tes poings à t'en faire blanchir les phalanges. Tu sentais tes joues rosir de colère, elle qui était toujours le lieu de ta timidité, étaient à présent bafouées par un sentiment mauvais.

« Excuse moi... »

Une seconde Ditfrid, tu fais quoi là ? Tu te laisses envahir par la colère, n'est-ce pas ? Je pensais que tu voulais éradiquer ce genre d'émotions de ce monde... Tu me déçois Ditfrid.
Tu secouas la tête légèrement, comme si tu reprenais tes esprits, toute colère dissipée. Il te semblait que dix minutes s'étaient écoulés depuis que tu avais répété ce que ton père te disait. Ces derniers instants étaient de ceux tellement intenses qu'ils paraissaient frôler l'éternité. Tu t'étais ressaisis, à présent, et tu regardais la paume de tes mains, elles étaient encore un peu humide, légèrement moite. Le haut de ton corps était sec à partir de la ceinture, tes jambes barbotaient encore dans un monde aqueux. Tes cheveux étaient plus ou moins secs mais l'humidité ne les avait pas faits boucler, le chlore les avait rendus un peu rêches. Tu restas en contemplation devant tes mains pendant de longues minutes. Ce moment ne te paraissait plus parfait, la pluie semblait taper vulgairement contre le carreau et les clapotis de la piscine auraient pu être comparés au bruit d'un chat pissant dans une flaque d'eau. Tout était gâché... Ça sentait le vide. C'était tout.

« Ne t'excuse pas... Si c'est ce que tu penses. »

Après tout, toi, tu ne voulais pas t'excuser de croire que ce Don était un cadeau divin. Lui avait le droit de croire le contraire. A chacun ses convictions. Oui, cette tolérance était presque énervante, mais elle faisait parti de ta personnalité. Tu tolérais même les Winterhood tant qu'ils ne dérangeaient pas trop le monde.
Tes doigts de pieds se croisèrent dans l'eau. Ils semblaient flous, c'était l'effet aquatique. Tout semblait plus flou à travers une pellicule d'eau. Mais à présent, tu n'avais plus envie de parler ; du moins, tu n'avais plus envie d'engager la conversation. Tu te demandais même pourquoi tu étais entré dans cette pièce. Kylian n'était pas méchant, tu l'appréciais plutôt bien, mais le moment était cassé et tu ne voyais pas comment le réparer. Alors tu jouais avec tes vingts doigts. Dix sous l'eau, dix sur l'eau. Tes cheveux retombant sur tes yeux. Tu pensais à ta petite sœur, à la solitude qu'elle devait ressentir à cet instant même. Ça te donnait envie de pleurer. Tu te retins. Tu ne pleure jamais avec tes propres émotions, il n'y a que ceux des autres qui te font pleurer.
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Kylian A. Kinai

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mar 30 Aoû - 20:39

    L’atmosphère était retombée. Comme brisé. La lourdeur s’installait, petit à petit. Ce n’était plus un silence timide. Il était à présent lourd et volontaire. Tes maigres excuses n’avaient été acceptées que par politesse. Et tu pouvais comprendre. Tu ne lui en voulais pas vraiment. Peut-être que c’était mieux ainsi. Ca l’était. Ca ne pouvait que l’être. Après tout, tu t’étais promis une chose en décidant d’intégré cette école. Apprendre à vivre avec les autres mais ne jamais te lier. Ne jamais te laisser approcher de trop près. Tu avais déjà fait un faux pas une fois. Et ton don. Ta malédiction t’avait rappelé ta promesse. Oxana en avait fait les frais. Encore aujourd’hui, en y repensant, tu t’en voulais.

    Alors en silence, tu sortis tes pieds de l’eau. Gardant la serviette sur tes épaules, tu rejoignis le banc où se trouvaient tes vêtements. Il ne te fallut pas longtemps à te frictionner pour être sec et remettre tes vêtements. Seul tes cheveux humides évoquaient ta baignade. Et aussi ta peau au parfum chlorée. Soigneusement, tu replias la serviette pour la reposer sur le banc. Tu avais laissé le silence demeurer. La pluie, à présent, tu l’entendais clairement. Comme le vent léger. Comme le monde à l’extérieur. Le charme avait été brisé.

    Avant de rejoindre la porte, tu te tournas vers Ditfrid qui n’avait pas vraiment bougé. Pas suffisamment pour que tu le remarques. Il ne regardait pas vers toi. Tu le sentais. L’absence de regard posé sur toi. Et sans savoir pourquoi, tu pris à nouveau la parole. Pour t’expliquer. Pour qu’il comprenne. Parce que c’était important. Tu ne savais pas pourquoi. Mais c’était quelque chose qu’il devait comprendre. Pour vivre ici.

    « Tu sais Ditfrid, il y a beaucoup que j’ignore de ce monde. Comme toi. Je ne connais pas ton don. De voir la fierté que tu as de l’avoir, je suis certain qu’il est utile pour toi, pour ton entourage. Peut-être même les deux. Il apporte quelque chose au monde qui évolue autour de toi. Sous tes yeux. Mais le mien n’apporte rien. Ni à moi, ni à personne. Il vole. Il viole. Sans que je contrôle quoique se soit. Sans que je ne puisse rien y faire. La cécité n’est pas quelque chose qui me pèse. Ma perception du monde non plus. Mais ce n’est qu’une seule face de la pièce. »

    Tu marquas une pause. Parler autant n’était pas dans tes habitudes. Et pourtant, les mots coulaient avec aisance. Tu n’avais pas peur de froisser ton camarade. Ce garçon. Parce que quelque part, il n’y avait plus rien à froisser. Tu l’avais sentit dans la froideur de sa réponse à tes excuses. Tu n’avais plus à chercher à être sociable. A faire des efforts. Tu te contentais d’exprimer ce que tu n’avais pas envie de garder au fond de toi. Parce qu’il devait comprendre. Que le monde ne peut pas se résumé à la vision que l’on en a.

    « Je me suis excusé parce que je n’avais pas à te parler comme ça. Mais pas pour ce que j’ai pu dire. Mon pouvoir. Mon don. Cette malédiction. Je vivrais avec, j’ai appris à le faire. Malgré tout ce qu’elle m’a prit. Tout ce qu’elle m’empêche d’avoir. Je ferais avec. Je continuerai d’avancer et de chercher à comprendre ce qui m’entoure. Sans m’en approcher de trop près. Sans me lier à quoique se soit… »

    Vivre avec. Apprendre à vivre auprès des autres tout en restant à distance. Rester avec ce don pour unique compagnon. Les souvenirs volés qu’il te laisse. La blessure d’un passé qui n’est pas le tien. La peur de détruire encore quelqu’un. Tu avais décidé de vivre avec. Tu avais fait une petite boite pour tes émotions. Une boite que tu ouvrais et fermais à loisir. Parfois plus difficilement que d’autre. Mais tu le faisais. Parce que tu devais le faire.

    « Ce que je veux dire… Ta vision de tout ça n’est pas mauvaise, Ditfrid. Mais ce n’est pas la seule. Parfois, sans forcement cherché à le faire, tu risques de heurter les autres avec cette vision. De les blesser. Parce qu’on est tous différent, nos pouvoirs aussi. Chacun ne vit pas les choses de la même façon. Fais juste attention. »

    Ce n’était pas une menace. C’était un conseil. Un conseil sincère et mué d’une réelle inquiétude. Ditfrid était quelqu’un de sincère, comme toi. Mais il ne semblait pas toujours réaliser la portée de ses mots. De ses idées. De ses attitudes. Toi qui avais appris à observer le monde. Tu connaissais tout ça. Tu ne risquais que très rarement un mot sans avoir réfléchit aux impacts. Tu souhaitais simplement que Ditfrid ne se retrouve pas face à quelqu’un. Quelqu’un victime de son don. Quelqu’un qui n’arriverait pas à supporter les idées naïves du jeune homme.

    Presque un peu essoufflé d’avoir tant parlé, tu commenças à aller vers la porte. Ta gorge, si peu habitué à un tel effort, chauffait un peu. Mais tu étais plus calme. Moins anxieux. C’était donc ça le principe de « vider son sac » ? Partagé entre soulagement et déception, tu t’éloignais de ce garçon. Un garçon que le hasard avait mené ici. Et qu’une simple question avait réussit à tenir à distance de toi. De toi et de ta malédiction.



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Ditfrid Rahksen

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mar 30 Aoû - 21:03

Qu'y avait-il à dire ? La pluie tombait, le vent soufflait, l'eau clapotait, c'était tout. Tu le regardas se lever, prendre sa serviette et se diriger vers le banc. Tu l'observas se frictionner afin de s'essuyer, remettre ses vêtements avec une aisance qu'on ne pouvait qu'admirait pour une personne touchée de cécité. Sans faire un seul geste pour le retenir, tu suivis son trajet du regard. Ses pieds claquait sur le sol, tu le sentais vibrer sous toi. Tu te concentras sur cette sensation, la force d'un seul être humain qui, rien qu'en marchant, peut faire vibrer autant de matière. Tu n'es qu'un humaniste cynique qui voudrait aimer les hommes mais qui les aime comme ils devraient être. Tu en as conscience.

« Tu sais Ditfrid... »

Tu le regardas de nouveau, tu avais l'impression qu'il était parti. Mais il était encore là, il vidait son sac, comme on dit. Tu le laissas parler. Ce qu'il disait, tu le comprenais, tu étais même d'accord avec lui. Tout à fait d'accord. Peut-être t'étais-tu mal exprimé ? Dans ta voix résidait sans doute encore un peu de colère quand tu as parlé ?

« ...Sans m'en approcher de trop près. Sans me lier à quoique ce soit... »

Tu commençais à ne plus être d'accord. Personne ne devrait vivre ça. D'ailleurs, ce n'était pas vivre. La solitude à plein temps n'était pas une façon de se réaliser dans la vie. Qu'y avait-il à gagner ? La vie n'aurait donc aucune raison d'être vécue ?! Tu sortis tes jambes de l'eau et commença à les frotter avec ta serviette, tout en restant assis et en écoutant Kylian.

« …Chacun de vit pas les choses de la même façon, fait juste attention... »

« Oui. »

Tu t'étais déjà levé, et tu étais à demi-habillé. Il n'était pas question de le laisser s'enfuir comme ça, pas après avoir vider son sac de cette façon, c'était l'heure de parler à présent. Tu le sentais. Lui aussi devrait le sentir. Tu t'approchais de lui à pas rapide. Il entendant sans doute tes pas qui résonnait comme les siens l'avaient fait, et qui faisait vibrer le sol eux aussi. Il partait vers la porte, tu le rattrapas, juste à temps. Par le poignet, ta main le serrai doucement, il ne fallait pas qu'il se sente agressé.

« Tu as raison Kylian, je suis tout à fait d'accord avec toi, sur presque tout. Je m'excuse aussi. Et je m'excuse encore, si ce que je vais te dire maintenant te blesse ou te dérange, mais je ne peux pas m'empêcher de le dire. »

Tu tiras un peu sur son poignet afin qu'il se retourne, et tu pris sa main dans les tiennes, en la serrant doucement. Vos peaux étaient douces, le chlore les recouvrant aidant à leur douceur. Tu voulais lui montrer que tu étais là pour le soutenir. Il ne te faisait pas pitié, il était tout à fait apte à se débrouiller seul pour les tâches quotidiennes, les détails de la vie, s'habiller, se laver, se promener. Mais tout ne pouvait pas être fait seul.

« A vrai dire... je ne sais rien de toi sinon ton prénom. Et je vais me permettre de te faire une remarque. Mais sache qu'en ce jugement, il n'y a en aucun cas un désir de te juger. Ce n'est qu'un conseil. Un conseil... D'ami ? »

A ce mot, ta main enserra un peu plus la sienne.

« Tu n'es pas obligé de rester seul, Kylian. Je pense qu'il faut juste que tu choisisses la bonne personne. Je peux être là pour toi, si tu veux. Mon don t'aidera peut-être... Tu dois vivre, vraiment vivre. Pas juste à moitié. Tu peux le faire. »

Tu le tirais un peu vers toi, pour l'inciter à te suivre. Tu voulais aller t'asseoir avec lui dans les vestiaires, pour que vous puissiez discuter comme il se doit. Cependant, il restait à voit comment il allait réagir à ce que tu venais de dire.
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Kylian A. Kinai

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mar 30 Aoû - 21:55

    Tu pensais qu’il resterait muet. Ou simplement assis au bord de l’eau. Ou même qu’il te laisserait partir sans même un regard. Et pourtant, derrière toi, alors que tu avais presque atteint la porte, tu entendais du mouvement. Puis des pas rapide pour te rattraper. Peut-être pour te frapper. De lui avoir asséné ton avis, comme ça. Tu avais aussi prévu cette éventualité. Tu prévoyais toujours toutes les possibilités sur le déroulement des événements. Toujours. Il y en avait qui passait avant d’autre. Celle qui se produisit était certainement celle qui se trouvait tout en bas de ta liste. Parce que tu en avais peur. Parce que tu voulais qu’elle n’arrive jamais. Et pourtant.

    Sur ta peau, ses doigts glissèrent. Et tous tes muscles se crispèrent. D’un seul et même mouvement. Avec force et douceur. Et déjà, il était là. Il te faisait voir des choses que tu ne voulais pas. Comme un cordon branché entre vous deux, tu arrivais à tout percevoir. Sa bienveillance à ton égard. Trop de bon sentiment. Tu devais reculer. Tu devais à tout prix le faire lâcher. Tu n’arrivais même pas à écouter ce qu’il disait. Tu l’entendais sans écouter. Tu priais n’importe quel dieu qui puisse exister ou non. Cet être si miséricordieux auquel croyait Ditfrid. Tu le priais pour qu’il te lâche. Que cette peau s’éloigne de la tienne.

    Durant un bref instant, tu cru que ta prière avait été exaucé. Avec naïveté, Kylian, beaucoup trop de naïveté, tu y a cru. L’espace de quelques secondes. Juste avant qu’il ne prenne tes mains entre les siennes. Tu avais envie de le repousser, de lui interdire de te toucher, le prévenir. Mais c’était trop tard.

      C’était ténu, tellement supportable par rapport aux autres fois. Mais tu captais. Toutes cette Tristesse. La Colère. La Rancune. La Honte. Tout ce qu’il s’infligeait chaque jour, chaque heure. Ta gorge se nouait. Tu avais l’impression qu’une pierre plombait ton estomac.


    Toi qui t’étais renfermé. Aux yeux des autres. Renfermé même envers toi-même. Ces sentiments exacerbés, tu les avais oubliés. Et il continuait de te parler, tu n’entendais que par bride, le cerveau trop plein de chose en plus de ce monde qui t’entourait.

    « Ce n'est qu'un conseil. Un conseil... D'ami ? »

    Si seulement. Si seulement tu avais pu l’arrêter. Lui dire qu’il ne devait pas aller plus loin. Un lien. Amical. Même tenu était suffisant. Pour ce don. Pour cette malédiction. Il n’en fallut pas plus pour que celui-ci viole à nouveau l’esprit de quelqu’un. Malgré tes tentatives vaines et sans effet. Tu n’y pouvais rien. Comme toujours, tu subissais.

      Une voix. Frêle. Enfantine. Celle d’une enfant. Et la pluie. Une pluie lourde. « Dieu vit dans la pluie. ». Et des images. Violentes. Rapides. Comme toujours. L’image d’une enfant trop jeune, trop malade. Trempée. Les bras levés vers le ciel. La même enfant en pleure. Dans la neige. Encore cette fillette. Toujours elle. Et cette tristesse. Comme si toute la tristesse du monde t’assaillait. Celle de la voir ainsi. Celle de ne rien pouvoir faire. L'impuissance.


    D’un geste vif, tu finis par faire un pas en arrière, t’arrachant à ce contact. Et déjà, les échos résonnaient. Les échos de tant de chose. Tant d’émotion. Trop d’émotion. Tu ne voulais pas être brusque, mais dans un geste dicté par l’instinct, tu l’avais été. T’appuyant sur la porte qui s’était retrouvée dans ton dos par miracle, tu peinais à te tenir debout. Tremblant, le souffle court, l’esprit troublé. Comme à chaque fois. Ton regard était perdu. Embrumé. Embrumé par cette tristesse qui n’était pas tienne. Qui n’était peut-être même pas sienne. Tu le savais maintenant. Mais pour le moment, seul l’écho de ce sentiment trop lourd. Et l’image de cette enfant, gravé dans ton esprit. Pour aujourd’hui. Et surement pour longtemps encore. Une goutte glissa sur ton visage, que tu cru venir de tes cheveux. Mais c’était bien de tes yeux que venait cette eaux. Pas des restes de celle de la piscine qui restait encore dans tes mèches sombres.

    La voix tremblante, tu restais accroché à la porte. Méconaissable sans doute aux yeux de celui qui te connaissait de toute façon si peu.

    « Je t’en prie… ne me touche plus… »

    Lentement, tu te laissas glisser. Epuisé, la tête trop pleine de trop de chose. Tu levas tes mains vers tes tempes. Ce grondement. Le grondement de toutes ces choses que tu avais fais taire chez toi. Toutes ces émotions. Ces sentiments exacerbés. Tu les avais adoucis. Pour compenser. Comme un corps compense. Tu les avais fait taire pour faire la place à ta perception de ce monde. Tu avais laissé s’éteindre une partie de toi. Ou plutôt, tu l’avais laissé s’endormir. Laisser cette malédiction s’en emparé. Pour en jouer quand bon lui semblerait.
    Comme le vague écho d’une colère précédemment perçu, toujours ancrée, ta pensée finit par dépasser tes lèvres. De façon si abrupte. Si soudaine. Ca te ressemblait si peu. Mais tu n’étais jamais vraiment toi. Ce n’était plus toi. Tu n’étais plus Kylian Alexis Kinai. Tu étais ce don. Celui qui te rongeait. Et qui riait de tout briser.

    « Ce n’est pas un don! C’est un poison ! »

    Les mains serrées sur tes tempes, tu tentes de garder le contrôle de toi-même. De simplement te retrouver toi-même. De ne pas t’effacer au profit de ce que tu as absorbé, perçu, subit… De ne pas finir engloutis par ce qui ne t’appartient pas.



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Ditfrid Rahksen

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mar 30 Aoû - 23:31

Tu étais troublé, il ne semblait pas avoir entendu ce que tu disais, tu voyais juste qu'il n'allait pas très bien. C'était sûr, ton don s'activait en ressentant la Tristesse qui l'assaillait.

« Je t'en prie... ne me touche plus ! … Ce n'est pas un don... C'est un poison ! »

Tu n'avais rien compris, tu n'avais aucune idée de la raison pour laquelle Kylian se sentait si mal tout à coup. Tout cela avait commencé lorsque tu lui avais pris la main. C'était ça, sans doute... Son don s'était activé lorsqu'il l'avait touché. Tu regrettais un peu, mais tu pouvais te rattraper maintenant, grâce à ton Don. Tu aspiras tout ce qu'il ressentait. Toute la Tristesse, la Confusion, la Fatigue mentale qui était sienne. Si tu avais pu, tu aurais aspiré cette larme aussi qui coulait sur sa joue. Tu ressentais tout ça à ton tour maintenant, mais ce n'était pas grave, c'était ton devoir, après tout. Cependant, aujourd'hui n'avait pas été une journée facile, la Tristesse, la Honte, la Rancune, le Regret, toutes les émotions que tu avais aspirées aujourd'hui et qui s'était tapies dans un recoin de ton esprit refirent surface alors que tu aspirais tout ce qui faisait du mal à Kylian. Tu étais en proie à la plus vive douleur. Peu de personnes le savent, mais lorsque les émotions sont trop fortes, le corps ne peut plus les supporter, il doit trouver un moyen de s'en débarrasser. C'est pourquoi on pleure lorsqu'on est triste ou heureux. Tu commenças à vaciller. Tu t'éloignas de ton ami, pour qu'il n'assiste pas à ce triste spectacle, les larmes coulaient sur tes joues, de grosses larmes qui roulent et se perdait sur tes lèvres et dans ton cou, de la morve coulait de ton nez, ce n'était pas un beau sanglot de cinéma, c'était le sanglot dégueulasse que seule les vraies douleurs peuvent faire naître, presque arrivé au coin de la pièce, tu tombes à genoux, mais tu continues à ramper, comme un animal, comme un insecte en train de crever. Et la Tristesse te fait pleurer, la Honte t'éloigne de Kylian, la Rancune te fait lui en vouloir, le Regret te fait penser à ce qui aurait pu arriver de mieux que ça. Tout se mélange dans ta tête, te donne une migraine atroce, tu passes ton bras sur ton nez, ça dégouline sur tes vêtements. Ton don ne s'est pas encore désactivé, le Faithbee souffrait beaucoup de son don apparemment. Tu n'en peux plus, tu arrives dans le coin de la pièce, tu vomis. Éclaboussures. Ce n'est plus de l'eau. C'est sale, dégoutant. Ça pue, c'est un vomi d'Émotions.
T'es à genou devant ton vomi. T'en as eu un peu sur tes vêtements. Tu t'en fiches. Tu essaies de te calmer. Ça va un peu mieux déjà, ton corps t'a sauvé par son réflexe. Il t'a exorcisé un peu à la manière de ton Don pour les autres. Si tu n'avais pas autant utilisé ton don en cette journée pluvieuse, tu aurais supporter avec facilité ce que tu avais aspiré du garçon, mais c'était la petite averse qui avait fait déborder le fleuve. Les Émotions t'avaient assaillies.
Tu te relèves, tu enlève ton pull plein de morve et ton jean plein de vomi. Tu les jettes négligemment dans la piscine. Après tout, plus personne n'ira se baigner maintenant. Et tu retournes près du Faithbee. Il fallait qu'il comprenne, qu'il n'était pas seul. Son Don, apparemment, l'empêchait de toucher qui que ce soit. Et alors, était-ce une raison pour vivre seul ? Tu voulais comprendre ce qui n'allait pas chez lui.
Alors tu concentres toute la volonté que tu as pour mettre de côté toutes les Émotions qui ne sont pas tiennes et qui continuent de tambouriner contre ton esprit. La pluie, dehors, semblait se calmer, le ciel s'éclaircissait un petit peu, et laissait apparaître un soleil rouge. C'était déjà le crépuscule. Tu t'assis à côté de lui, tu n'es qu'à quelques centimètres de lui. Il doit se sentir vidé de tout. Tu as tout bu, tout aspiré, tout vampirisé, tous ses mauvaises émotions.

« Ça va mieux, maintenant ? »

Tu sens encore quelques larmes rouler sur tes joues, tu les ignores. Kylian ne bouge pas. Et toi tu es juste à côté de lui, adossé toi aussi à la porte, à moitié nu.

« Ne bouge pas. »

Et alors tu t'approchas encore plus de lui, qui était assis, appuyé contre la porte de la Salle, les genoux repliés, jambes ramenées contre son torse. Tu te mis à genoux, devant lui, tu étais juste assez grand pour appuyer ta tête contre la porte, juste au dessus de la sienne. Tu passas tes bras de chaque côté de ton corps, afin qu'ils ne soient qu'à deux doigts de coller à sa peau. Ton ventre était juste au dessus de ses genoux repliés. Tu n'avais qu'à t'abaisser un peu plus et tu le touchais, mais tu ne le ferais pas. Tu ne voulais pas qu'il aille mal. Tu voulais juste l'aider. Par tous les moyens possibles. Tu chuchotas.

« Tu vois, je suis là. Rien que pour toi. Je ne te toucherai pas, mais je suis là. Et si jamais ça arrive, de toute façon, je te délivrerai de ce que tu ressens, comme je viens de le faire. C'est ça, mon Don. »

Dans une salle vide où s'étale une piscine. Deux garçons sont victimes des émotions des autres. L'un est recroquevillé contre une porte qui les enferme dans une bulle hors du monde. L'autre se pose au dessus de lui, telle une carapace protectrice. Dans la piscine baignent des vêtements souillés, tandis que la lueur rouge du soleil couchant empli la pièce de sa mélancolie. Mais cela, seul l'un des deux garçons le voit. L'autre, il le ressent.
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Kylian A. Kinai

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mer 31 Aoû - 12:37

    Tu te restais là. Saturé de toutes ces émotions. Comment pouvait-il supporter tout ça ? A longueur de journée. Comment pouvait-il voir ça comme un don ? Assaillis par toutes ses choses qui ne t’appartenaient pas, tu te sentais creux. Comme si tu n’étais qu’un réceptacle uniquement fait pour recevoir, temporairement. Un vase troué. Qui reçoit l’eau et qui finit par la laisser filer. Toujours creux. Vide. Inutile.

    Et puis doucement, le bourdonnement de toutes ces émotions diminua. Lentement mais surement. A tes oreilles, il n’y avait plus que le bruit de la pluie. Comme un vague écho. Tu la sentais même couler sur ton visage. Cette pluie. Mais tu ne sentais plus que ça. La pluie. Et cette voix. La voix de cette petite fille. Tu ne savais pas comment mais tout était partit. Tes mains s’éloignaient doucement de tes oreilles. Le clapotis de l’eau de la piscine te revient. Vaguement. Comme s’il s’était éloigné. C’est cette odeur de chlore qui te revient en premier. Juste avant une odeur plus acide. Une odeur qui te souleva un peu le cœur alors que tu ramenais tes jambes vers toi. Comme pour tenter de te protéger de ce monde extérieur. Et tu tirais tes manches sur tes mains, tu rentrais ta tête entre tes épaules, tu cachais ton visage contre tes genoux. Tu cachais la moindre parcelle de peau. Tu te renfermais. Jusqu’à ce que tout s’apaise autour de toi.

    « Ça va mieux, maintenant ? »

    Tu l’entends. Sa voix. Ton corps, fatigué, ne bouge même pas lorsqu’il se place à coté de toi. Trop près, penses-tu. Mais tu ne bouges pas. Tu es épuisé. Même tes sens sont encore engourdis. Toujours plus efficace que la moyenne. Tu arrives encore à tout percevoir mais ton cerveau ne prend plus la peine de tout analyser. Vidé de toute force. Ce don. Ta malédiction t’inflige son contrecoup. Et pourtant, plus le temps passe, plus les contacts se multiplie. Et plus ton corps s’adapte. DE la perte de connaissance, tu es passé au simple épuisement. Restant conscient. Tu n’arrives pas à savoir si c’est une si bonne chose. Tu préférais les temps où, assommer de ce que tu voyais, tu sombrais dans le néant. Sans avoir à faire face immédiatement aux conséquences de ton intrusion. Au viol que faisait ton don.

    « Ne bouge pas. »

    Et tes mains se crispèrent sur tes bras qui reposaient sur tes genoux. Ton souffle se coupa un bref instant alors qu’il t’entourait. Tu serrais le moindre vêtement, pour ne pas laisser la moindre parcelle de peau à découvert. Tu le sentais. L’odeur forte de chlore qui te laissait facilement deviner que Ditfrid n’était pas très couvert. Et l’angoisse te nouait le ventre. Tu ne risquais pas de bouger. Tu pouvais pourtant respirer Kylian. Mais tu te l’interdisais. Par peur. Parce qu’on ne sait jamais. Parce qu’un seul contact t’avait suffit.

    Doucement, un chuchotement. Vu la proximité, tu entendais tout clairement. Il aurait même pu être à l’autre bout de la pièce, de là où venait cette odeur acide désagréable. Tu l’aurais tout aussi bien entendu. Mais pourtant, ce murmure avait quelque chose d’apaisant. Qui te permis de reprendre un peu de souffle. Une respiration fine et discrète. Encore trop restreinte par la peur mais enfin de nouveau là.

    « Tu vois, je suis là. Rien que pour toi. Je ne te toucherai pas, mais je suis là. Et si jamais ça arrive, de toute façon, je te délivrerai de ce que tu ressens, comme je viens de le faire. C'est ça, mon Don. »

    C’était donc ce qu’il s’était passé. Les émotions l’avaient vidé. Il ne pouvait pas savoir qu’il avait simplement récupéré une partie de ce que tu lui avais volé, Kylian. Tu ne le savais pas mais… Pourtant, même en sachant que tu t’étais introduit en lui, ne serais qu’en violant ses émotions, ses sentiments. Il ne fuyait pas. Il ne partait pas. Et dehors, tu entendais la pluie se calmer. La pluie. Et sans t’en rendre compte, à mi-voix, comme si l’écho était trop fort pour que tu le réprimes, tu exprimas ce que tu avais vu. Ce que tu avais volé dans la vie de Ditfrid.

    « Dieu vit dans la pluie. »

    Tu sentais la chaleur du soleil couchant emplir la pièce. Tu ne tremblais plus. Tu n’étais plus crispé. Tu n’étais plus angoissé. Juste fatigué. Vide et fatigué. Ta boite était restée fermé, gardant tes sentiments bien à l’abri de tous ceux de Ditfrid. Enfin. Ceux que Ditfrid avait lui-même pris sur lui. Supporter la douleur, la tristesse et la colère des autres. Toi qui avais du mal à faire avec la tienne, tu ne comprenais pas. Comment est-ce qu’il pouvait faire. Pour ne pas céder. Pour ne pas simplement devenir fou.

    « Tu ne dois pas… Tu devrais t’éloigner… »

    Tu le savais. Ditfrid était quelqu’un de gentil. De trop gentil. Qui portait déjà un sac bien trop lourd pour lui. Toi, tu ne délivrais personne de son poids. Tu n’absorbais pas les mauvais souvenirs. Tu les observais. Voyeur. Tu n’étais d’aucune aide pour les autres. Et c’est pour ça que tu haïssais cette malédiction. Pour ça qu’il fallait qu’il s’éloigne. Qu’il se préserve de ça.



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Ditfrid Rahksen

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mer 31 Aoû - 14:38

Sous toi, Kylian avait l'air de se calmer un peu. Tu étais soulagé que ce moment suspendu prenne fin. Cela t'intriguait, cette façon dont le temps pouvait se dilater quand le dramatique s'invitait. C'était fréquent, à Synchronicity : le rassemblement de temps de gens exceptionnels ne pouvaient que créer du drame. C'était un drame, d'ailleurs, tant ce rassemblement était puissant et beau. Du moins, à tes yeux, Ditfrid. Car si tu avais bien compris, ces Dons n'étaient pas un cadeau pour tout le monde, les yeux du garçon en étaient la preuve.

« Dieu vit dans la pluie. »

Tes yeux fermés s'ouvrent doucement, cette simple phrase a eu pour effet de te faire plonger dans le passé, tes yeux à demi-ouverts regarde le vide, semblent déconnectés de la réalité. Tu entends encore la pluie qui bat doucement sur les carreaux, très doucement, et le bruit semble s'amplifier, devenir énorme, comme cette grosse pluie sous laquelle se trouvait ta petite sœur lorsqu'elle t'avait dit cette phrase. Tu sentis ton cœur se serrer dans ta poitrine, elle te manquait, tu ne savais même pas quoi faire pour elle, ton don lui était inutile. Tu espérais, au fond de toi, rencontrer quelqu'un ici qui serait en mesure de la guérir. Après tout, c'était l'endroit de tous les Dons.
Mais soudain, tu te rends compte que Kylian a aspiré davantage que les émotions qui t'assaillaient en te touchant. Il avait aspiré une partie de tes souvenirs. Non, pas aspirer, il avait regardé, il avait appris par cœur tes souvenirs. Ils étaient en lui, mais aussi en toi, comme si vous les aviez partagés. Ce n'était pas un vol, mais un partage. C'était donc ça, son Don, sa « malediction »... Il voyait les souvenirs des gens, il les vivait par l'intermédiaire du toucher.
Tu devais sans doute être le premier, mais, tu trouvais ça beau... Évidemment, quand c'était indésiré, cela devait poser des problèmes, mais cette expérience que tu venais de vivre, ce partage de souvenir, tu étais soulagé qu'il avait eu lieu. Toi, tu n'avais jamais parlé de ta petite sœur à qui que ce soit, elle était un secret lourd à porter, un secret malade, le secret de ton impuissance à la soigner, à la faire aller mieux. Tu étais content de l'avoir partagé avec quelqu'un, même si c'était un inconnu.

« Tu ne dois pas... Tu devrais t'éloigner... »

Tu étais toujours à genoux, tout près du garçon encore recroquevillé contre la porte. Tu réfléchis à ce que tu devais faire. Kylian, ce garçon, avait un Don qui le rendait malheureux, oui, ça, tu ne l'avais pas prévu. Cependant, il devait vivre avec maintenant, et il n'y arrivait pas. Tu te sentais concerné, tu savais que tu devais l'aider. Ce n'était pas un désir ni une mission personnelle que tu te donnais, c'était, il te semblait, un devoir qu'on t'avait confié. Tu continuais à chuchoter :

« Je pense que... un peu de chaleur humaine, ça te fera du bien. »

Tout ça devait être assez effrayant pour lui, il devait avoir peur de te toucher à nouveau, être totalement effrayé à l'idée de voir encore en toi. C'était un poison, il l'avait dit lui-même. Mais tu avais la conviction que tu l'aidais en restant aussi près de lui. Avec un peu de chance, il sentira que tu es aussi près de lui, que tu lui offres ta chaleur. Peut-être même qu'il sentira cette chaleur qui émane de ta peau, peut-être qu'elle lui réchauffera un peu le cœur. Et puis, tu te sentais bien comme ça, au fond, toi aussi, ça te faisait du bien. Tu chuchotes :

« Tu as vu Astrid, hein ? »

Tu souris un peu, un sourire en coin, un sourire à demi-vrai, toujours baigné de cette mélancolie. Tu l'aimes tellement, cette petite, depuis que tu es tout jeune, tu t'occupes d'elle. Si seulement elle pouvait vivre comme elle le souhaitait. Tu respires lentement et profondément, la quiétude est tienne, tu la dresses depuis tant d'années pour garder les Émotions tranquilles. Tu espère la transmettre à Kylian.

« Une trop forte exposition à la lumière la tuerait. C'est pour ça qu'elle aime la pluie. Quand il pleut, et que les nuages gris cachent le soleil, elle sait qu'elle est à l'abri. Elle est persuadée que c'est Dieu qui la protège, dans la pluie. »

Tu n'avais jamais raconté ça à personne. Ce n'était qu'un détail, certes, qu'une simple phrase prononcée par une enfant. Mais elle te semblait plus vraie que n'importe quel fait accompli dans le monde. Tu douterais que le rouge soit vraiment rouge, mais jamais de la Pluie et de Dieu qui vit en elle. La pluie, c'était Dieu. C'était certain.
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Kylian A. Kinai

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mer 31 Aoû - 16:12

    « Je pense que... un peu de chaleur humaine, ça te fera du bien. »

    Chaleur humaine. Ce n’était plus qu’une notion abstraite. Un mot. Deux en vérité. Une expression. Le contact, tu n’avais plus cet apaisement que l’on pouvait avoir à être contre quelqu’un. Proche. Rassuré. Même avec ta sœur tu n’avais plus ce genre d’habitude. L’avais-tu déjà eu ? Aussi loin que tu puisses t’en souvenir, tu n’avais jamais été très tactile. Et pourtant, parfois, tu avais envie. De toucher. Pour être sur de ne pas dans un monde immatériel. Des doutes idiots, que ta raison balayait dans un souffle. Tu savais que c’était idiot. Tu savais que tu aurais à vivre avec. Et tu t’y étais fait. Oui, tu t’en moquais. Tu te le répétais chaque jour. Chaque matin. Espérant que chacun jour soit celui où cette incantation finirait par fonctionner.

    Et pourtant, sans qu’il te touche. Tu sentais sa présence autour de toi. L’odeur de chlore trop forte. Et une chaleur… humaine. Tu n’étais pas sur mais pourtant Kylian, c’était bien la chaleur d’une autre personne que tu sentais proche de toi. Une personne qui n’avait pas reculé. Quelqu’un qui n’avait pas fuit.

    « Tu as vu Astrid, hein ? »

    Tu savais que c’était elle. Tu sentais ce sourire mélancolique dans sa voix. Et tu te contentas d’un simple signe de tête. Discret, fugace. Presque invisible pour qui ne ferait pas attention. Tu savais qui elle était. Vaguement. Tu savais les sentiments qu’il avait pour elle vaguement. Mais comme gravé au burin, tu avais tout ça au fond de toi. Sur cette part de ton être qui ne t’appartenait déjà plus depuis longtemps. La première marque avait été la plus dure. La plus profonde. Aujourd’hui encore, tu en faisais des cauchemars.

    « Une trop forte exposition à la lumière la tuerait. C'est pour ça qu'elle aime la pluie. Quand il pleut, et que les nuages gris cachent le soleil, elle sait qu'elle est à l'abri. Elle est persuadée que c'est Dieu qui la protège, dans la pluie. »

    Et là, tu redresses la tête. Vers celui dont tu forcé l’intimité avec ton don. Celui qui devrait être en colère. Et à la place de ça, à ta grande surprise, il se livre. Il se confie à toi. Et tu ne sais pas quoi dire. Comment réagir. Cette petite fille, tu ne l’as connaissais pas. Tu ne la verrais jamais mais tu y étais attaché. Non. Lui l’était. Il était très attaché à cette enfant. Sa sœur. Et comme un reste de ce qu’il éprouvait, tu l’étais un peu toi aussi.

    « … pourquoi. »

    Tu ne comprenais pas. Et ne pas comprendre était une chose dont tu n’avais pas l’habitude. Toi, Kylian, qui avait l’habitude de tout connaitre. De toute comprendre. De toute prévoir. Toi qui l’imprévue ne surprenait plus vraiment. Là, tu étais pris de court.

    « … tu es quelqu’un de bizarre. »

    Aussi étrange que ca puisse paraitre, dans ta bouche, ce n’était pas un reproche. C’était même ce qui pouvait s’approcher d’un compliment. Doucement, petit à petit, tu te calmais. Mais tu t’épuisais aussi. Tes yeux avaient du mal à rester ouvert. Tes paupières semblent prendre du poids au fil des secondes. Il fallait que tu bouges où tu finirais par tout bonnement par t’endormir contre cette porte.



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Ditfrid Rahksen

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mer 31 Aoû - 16:55

« Tu es quelqu'un de... bizarre. »

Cela ne sonnait pas comme une insulte, pas même comme un reproche, c'était... une constatation. Tu le ressentais comme ça, d'ailleurs, tu ne le prenais pas mal. Cet instinct protecteur qui était tien étonnait souvent les gens. Tu haussas les épaules, du moins tu tentas de les hausser – car dans cette position, hausser les épaules n'est pas de la première évidence – pour montrer à quel point ça te semblait un détail. Vivre avec une petite soeur à protéger t'avait doté d'un besoin maladif de protéger, d'aider les autres. Malgré ta timidité, tu repousses tes limites pour aider le plus de gens possible, de la meilleure façon possible.

« Si tu le dis. »

Tu commences à avoir mal dans les bras, et au front, depuis tout à l'heure, il est appuyé de tout ton poids contre la porte. Tu as mal mais tu sembles lui faire du bien de cette façon, alors tu tolères la douleur. Après tout, des petites courbatures au bras ne sont rien comparés à la souffrance mentale que tu endures tous les jours. C'est vrai que tu es bizarre. Qui voudrait porter la douleur du monde sur lui ? Si ton don avait été offert à quelqu'un d'autre, il aurait sûrement agit d'une façon totalement contraire, surtout qu'il avait été Winterhood. Cependant, tu te disais que c'est pour ça qu'il t'avait été offert à toi et pas à un autre. Pauvre Ditfrid, tu es bien trop sûr de ta supériorité, ça te jouera des tours, un jour. La vérité, au fond, c'est que tu ne peux plus t'en passer. C'est devenu ton seul moyen de vivre posément. Ta seule motivation, quand tu te réveilles, c'est de te dire que tu pourras aider les gens, aujourd'hui. Tu les aides tous parce que tu n'as que ça pour te faire vivre. Tu n'arrives même plus à produire plus d'émotion qu'un animal. Tu vis au crochet de la Tristesse des autres. Finalement, tu fais le fier, tu te montres paternel, rassurant, protecteur ; mais tu es pitoyable. Cependant, ça, tu ne t'en rendras jamais compte. Tu es trop sûr de toi.
Sous toi, Kylian a l'air de s'endormir. Du moins, il ne bouge plus, et ses yeux se ferment petit à petit. Il a l'air calme, posé. Tu l'envies, toi, tu supportes encore toutes ces Émotions que tu as capturées pendant la journée. Elles sont là, dans ta tête, elles tambourinent contre tes tempes, elles veulent juste s'exprimer, te faire pleurer, crier, courir partout, sauter par une fenêtre. Mais tant que tu auras la force de les contenir, tu vivras avec elle. Elles seront ta fin, un jour, sûrement.

« Dès que tu le souhaites, je me pousse de là. »

Tu continuais à chuchoter, tu ne voulais pas gâcher l'instant. Ça devenait une obsession chez toi, cette manie de « suivre l'instant ». Lorsqu'une situation se présentait à toi, dans un lieu particulier, avec une ambiance spécifique, alors tu agissais toujours dans la continuité de l'ambiance. Peut-être était-ce parce que tu avais du mal à ressentir quoi que ce soit. Evidemment, tu ressentais encore l'amitié, l'amour, l'admiration ou la haine. Mais la Colère, la Tristesse, la Rage, le Bonheur, la Joie, tout cela ne faisait plus parti des choses que tu pouvais ressentir spontanément. Tu gardais juste le souvenir de ce que ça faisait d'être Joyeux, alors tu souriais tristement au moment où tu aurais du être Joyeux si tu avais pu l'être. Le fait est que tu ne peux plus, le seul moyen de te faire ressentir de la Joie ou de la Peine, à présent, était de l'aspirer à quelqu'un. Or, tu ressentais plus souvent la Peine que la Joie.

« Merci... De m'avoir écouté. »

Tu n'avais rien dit, en fait. Il avait tout lu en toi. Mais c'était comme si tu lui avais raconté, du moins, comme si tu avais été consentant. Avec ce garçon, tu savais qu'il ne servait à rien d'avoir des secrets. Tu savais qu'il était timide, au fond, tout comme toi. Et tu savais qu'il respecterait ce qu'il avait appris sur toi. De toute façon, tu étais bien obligé de lui faire confiance.
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Kylian A. Kinai

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Dim 4 Sep - 21:38

    Il ne parut pas vexer. Et ca te rassura. Juste un peu. Parce que tu avais sentit la maladresse de ta remarque. Comme toujours, trop tard. Mais tes pensées étaient embrumées par la fatigue. Et vous restiez là. Lui tout autour de toi, un peu comme une carapace. Te protégeant du monde extérieur. Avec assurance et douceur. Tu avais une vague impression de déjà vu et maintenant que tu y repensais, son attitude t’avait vaguement rappelé quelqu’un. De façon différente. Très différente. Mais en même temps, tellement similaire. Et puis soudain, en pensant à la petite Astrid, tu compris.

    Ditfrid agissait à la façon d’un grand frère. Plus doux que pouvait l’être Aly. Il agissait de façon très protectrice. Un peu comme… ta mère. A se mettre entre toi et le monde. Le monde et toi. Pour t’en préserver. T’en protéger. Trop ou juste ce qu’il fallait. Tu ne le savais pas. Tout ce que tu savais c’est qu’il se rongeait surement. Doucement. Lentement. Mais surement. Il se rongeait l’esprit. Il se rongeait la santé. Comme ta mère.

    « Dès que tu le souhaites, je me pousse de là. »

    Sa voix, toujours basse mais bien assez forte pour toi, te fit esquisser un petit sursaut. Tu ne t’étais même pas sentir partir un peu plus vers le sommeil. Ton corps avait finit par se faire à ta position et tu commençais à t’ankyloser. Bouger allait être plus dur à présent que tu avais finit par plus franchement t’assoupir. Tu commenças malgré tout à légèrement bouger, pour te forcer à rester éveillé. Mais sans oser. Parce qu’il était près. Très près. Trop près. Et que même s’il t’avait assuré que ce n’était rien, l’angoisse du contact physique direct était toujours là. Il le serait toujours. Il faisait à présent partit de toi et ne te quitterait qu’avec ta mort ou la disparition de ton don. Le premier ayant surement bien plus de chance d’arriver que le second.

    « … il faut que je bouge… sinon je risque de m’endormir… c’est à cause de … mon don. »

    La colère qui avait habité ta voix plus tôt était morte. Tu parlais comme toujours. D’un ton vide et monocorde. Comme une marque de fabrique. Tu avais aussi fait l’effort. De ne pas utiliser le mot malédiction. De te forcer à utiliser un mot plus positif. Moins péjoratif. Don. Même si cette chose n’en méritait pas l’appellation.

    Et tu bougeais d’avantage alors qu’il te laissait d’avantage d’espace. D’ailleurs, maintenant que tu y pensais, la position devait être tout sauf confortable pour ton camarade. C’était un drôle de trait de caractère qu’il avait, que de s’infliger toute sorte de souffrance pour soulager les autres de la leur. Tu avais beau essayer, tu n’arrivais pas à comprendre cette façon de pensée. Tout comme tu n’avais jamais compris, malgré que le sens soit clair pour toi, le principe des martyres.

    « Merci... De m'avoir écouté. »

    Tu redressas la tête vers lui, le « regardant » sans comprendre. Ecouter ? Mais il n’avait presque rien dit. Rien qui n’est pas directement découler de l’incident fâcheux qui s’était produit lorsqu’il l’avait directement touché. Et doucement, maintenant que tu étais libre, tu décidas d’essayer de te lever, encore faible. Tu avais l’impression d’être un faon qui faisait des premiers pas. Et c’était certainement l’image que tu rendais. Accrocher à ton mur.

    « Ne t’inquiète pas… je ne parle jamais de ce que je peux voir aux personnes que ca ne concerne pas… »

    Tu t’étais senti obliger. Pourtant, personne ne t’aurait prêté ce genre de comportement. Et malgré tout. Tu le précisais. Tu ne voulais pas qu’il y a de doute. Qu’il est la crainte que des informations se mettent à circuler. Ce que tu voyais pouvait aller d’un souvenir bénin du petit déjeuner avalé au souvenir secret enfoui si loin qu’il ne devrait jamais être déterré. Tu le savais. Tu avais les même. Et tu pouvais imaginer l’angoisse que ca devait être de savoir que des parties intimes de notre mémoire, notre subconscient, nos sentiments, puissent être connu d’un tiers.



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Ditfrid Rahksen

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Mer 14 Sep - 16:54

Tu t'étais poussé doucement, précautionneusement, ta volonté était loin d'être au service du mal, et tu te refusais de toucher de nouveau Kylian, non pas par peur, mais par respect pour lui. En effet, il n'aimait pas utilisé son don, et même si cela, tu avais du mal à le concevoir, tu ne pouvais pas le changer. Tu t'écartas alors avec une habileté que tu ne te connaissais pas, puis tu lui souris doucement, même s'il ne semblait pas te regarder.
Il tenta de se relever, y parvint avec peine, tu regardais ses mains blanches s'agripper au mur dans un effort monumental pour ne pas tomber. Tu avais l'impression de voir Bambi, tout au début du dessin animé. Certains auraient pu se moquer, mais tu étais encore trop plein de toutes ces mauvaises Émotions en toi, qui t'empêchaient de toute façon d'être spontané, tu devais juste retenir leur expressions, les enfouir en toi.

« Ne t’inquiète pas… je ne parle jamais de ce que je peux voir aux personnes que ca ne concerne pas… »

Tu eus un mouvement de surprise, mêlé d'incrédulité, ton sourcil relevé légèrement. Tu regardais ainsi ton ami, qui devait se demander ce qu'il se passait dans ta tête. Tu es tellement étrange, Ditfrid !

« A vrai dire... Cela ne m'était même pas venu à l'idée. »

Tu grattas ton ventre du bout des ongles, et une moue de scepticisme s'inscrit sur ton visage encadré de vert. C'était la vérité, cette idée ne t'avait pas effleuré l'esprit. Peut-être était-ce ton respect naturel pour les Dons et leurs possesseurs, peut-être étais-tu trop naïf, toi qui croient que personne ne pourrait te nuire volontairement. Tu le voyais, se cramponnant encore un peu au mur, tu aurais voulu l'aider, le soutenir, si seulement il n'y avait pas eu son Don, tu aurais pu l'aider, passer son bras autour de tes épaules, mais tu ne pouvais pas. Il devait bien y avoir une solution, pour sortir de cette situation que, malgré toi, tu trouvais embarrassante. Tu réfléchis quelques instants, le laissas ainsi, s'accrochant au mur, près de la porte, pour te mettre à marcher dans la salle pratiquement vide. Tu pensais à plein de chose tout en essayant de combattre les Émotions qui t'assaillaient. Tu pensais à Astrid, elle ne quittait jamais vraiment ton esprit, mais tu pensais aussi à ce que tu ressentirais à la place de Kylian, si toi aussi, tu te retrouvais en état de grande faiblesse, tout en étant aveugle. Bien évidemment, son don était là pour l'aider, mais se sentir faible et ne même pas voir ce qui t'entoure, cela devait être une expérience traumatisante...
Peut-être a-t-il l'habitude, maintenant...
Machinalement, tes pas t'avaient menés jusqu'aux vestiaires, tu jetas un regard à l'intérieur, il n'y avait rien ici qui pourrait aider ton ami, tu n'avais pas d'idée, tu restais pantois. En fait, il avait le même problème qu'Eleonora, il ne pouvait toucher personne... Mais oui, c'était ça ! Il lui faudrait des gants ! Une simple paire de gants, comme ceux que portait Eléa, lui éviterait un tas de contacts inutiles et dangereux ! Tu te retournais d'un air victorieux, pour aller donner ton idée à Kylian. Et là, ô Magie de Synchronicity, il y avait une paire de gant sur le banc, le banc sur lequel vos vêtements étaient posés il y a si peu de temps. Tu les saisis vivement et rejoignis en courant le Faithbee qui devait se demander ce que tu faisais dans la salle à courir partout depuis tout à l'heure.

« Kylian, j'ai trouvé la solution à ton problème, enfin je crois... Regarde, je pose la solution à tes pieds, je te laisse la ramasser. »

Tu posas la paire de gants aux pieds de ton amis, appuyé sur le mur, attendant qu'il s'abaisse et les saisisse. Tu espérais, au fond, que cette aide que tu lui offrait ne le vexerait pas. Tu ne réfléchis décidément jamais assez à tes actes, Ditfrid, tu penses à aider par tous les moyens, mais pas aux conséquences de tes actes... Pauvre idiot orgueilleux.
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Kylian A. Kinai

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MessageSujet: Re: Comme une goutte dans l'eau (libre)   Sam 24 Sep - 21:19

    Ta remarque sembla le laissé perplexe. Il fallait croire que ca bienveillance envers les autres allait jusqu’à la naiveté. Ce n’était pas forcément un défaut mais c’était une chose si rare que Kylian n’avait pas du tout songé à cette option. Et pourtant, ca lui ressemblait un peu. A ditfrid. D’être naif. C’était d’une certaine façon comme un tout avec le reste de sa personnalité.

    Et puis en silence, ton camarade se mit à marcher. Comme perdu dans ses pensées, ses rêveries. Pendant ce temps, toi, tu essayais de tenir suffisamment éveillé pour commencer à rejoindre ta salle commune dans l’idée d’aller t’écroulé de fatigue. Ton coturne ne s’en formaliserait surement pas. Il y avait même de grande chance qu’il soit encore sur son ordinateur et qu’il ne remarque même pas que tu sois rentré. Vous aviez chacun votre espace vitale après et c’était une chose que tu appréciais chez lui.

    Bref, tu commençais malgré la fatigue à retrouver une certaine assurance –ou une assurance certaine- sur tes jambes et tu te détachas légèrement du mur. Tu tenais plus ou moins bien. Sans aller jusqu’à courir un marathon, aller sans aide jusqu’à ton dortoir ne relevait pas de l’impossible. Et tout d’un coup, comme un diable sortant de sa boite, tu entendis Ditfrid se mettre à courir. Il semblait avoir une idée très clair mais pour toi, ses déplacements étaient des plus étranges. Tu te gardas bien de faire la moindre remarque malgré tout. Néanmoins, ta curiosité fut piquée lorsque le bruit claquant de la pante de ses pieds sur le carrelage résonna vers toi. Tu inclinas très légèrement la tête sur le coté lorsqu’il s’arrêta juste devant toi, la respiration un peu plus rapide. Tu avais toujours eu ce tic dans ton attitude quand quelque chose t’intriguait vraiment. Ta sœur avait l’habitude d’appeler ça ton air de chiot perdu.

    « Kylian, j'ai trouvé la solution à ton problème, enfin je crois... Regarde, je pose la solution à tes pieds, je te laisse la ramasser. »

    Joignant l’acte à la parole, il se baissa et te laissa suffisamment d’espace pour te saisir de ce qu’il avait posé au sol. Ce que tu fis. Des gants. C’était vraiment gentil de sa part. Tu t’en saisis et les enfilas, dissimulant un peu plus de ta peau. Tu en avais déjà l’habitude. De porter des gants quand tu savais que tu ne pourrais pas contrôler les contacts éventuels. Mais aujourd’hui, tu n’avais pas vu l’utilité d’en mettre. Après tout, tu n’avais pas pensé une seule seconde que tu finirais au bord d’une piscine en compagnie de Ditfrid.

    « Merci. Je n’avais pas pris les miens. »

    Tu étais un peu plus à l’aise. Autant que tu étais capable de l’être avec un presque inconnu. Mais le fait de porter des gants ne te retirait pas la fatigue causé par l’activation intempestive de ton don. C’était toujours un moment que tu redoutais. Tu n’étais pas doué pour prendre congé. Les gens avaient toujours tendance à le faire avant toi et ca t’arrangeait. Mais pour cette fois, c’était à toi de prendre les devants et tu ne savais pas comment faire. Laissant un vague silence s’installer, ajustant machinalement tes gants, tu finis par redresser ton regard vide vers Ditfrid.

    « … je crois que je vais y aller. »

    Tu hésitas un instant. Sans trop savoir comment faire, conclure. Et puis finalement, tu te contentas de faire un vague signe de la main, maladroit et hésitant. Simple politesse. Geste machinale. Comme si tu suivais un manuel que tu avais lu quelque part. Celui des bonnes mœurs ou des salutations d’usages. Et ce n’était pas très éloigné de la vérité. Doucement, sans vraiment te presser, tu te dirigeas vers la porte. Cette porte qui vous avait isolé du monde extérieur, qui vous avait offert un moment de calme. Loin des sentiments. Loin des bruits. Loin des autres. Loin de tout.

    Et en quittant cette salle, tu emmenas ces souvenirs. Ses souvenirs.
    Comme un écho au fond de ta mémoire. Comme une goutte dans l’eau.



[[ HS: pardonpardonpardonpardon.... je mets 3ans à répondre et en plus je te fais un truc tout nul ET EN PLUS c'est pour conclure... tu peux répondre bien sûr, histoire de cloturer de ton coté aussi. encore pardonpardonpardonpardon.... "orz ]



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