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 last night good night • PV GABRIEL.

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Jean-Camille Douze

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MessageSujet: last night good night • PV GABRIEL.    Sam 24 Sep - 17:04


People think and hope for miracles that happen when God's sleeping.

Charmante peau de lait, délicate demoiselle que voilà… Tes fins cheveux chatouillaient ta nuque quand, la tête basse, tu fuyant ton dortoir le temps que ton don cesse de faire des siennes et veuille bien te rendre ton sexe initial. Car tu haïssais ces regards étonnés que l’on te lançait quand une demoiselle, toi, osait impudiquement poser un pied dans le couloir de l’antre des mâles.
Le directeur avait refusé de te laisser une place dans le dortoir féminin pour les soirs où ton don se rebellait. Pour contrer un hypothétique esprit de satyre, pour encourager ses élèves à contrôler leurs capacités ou par simple flemme, rien que pour importuner les élèves et s’amuser à leurs dépens ? Peut-être. Cela avait pour conséquence de faire grandement baisser son indice de popularité, il se voyait ainsi rangé dans une catégorie « gens à ne pas fréquenter, à éviter, humains détestables ». Il existait bien évidemment une catégorie en dessous, composée d’individus encore plus détestables, encore moins fréquentables. Mais, grâce au ciel, il n’y avait qu’une seule personne entrant dans cette catégorie. Il s’agissait malheureusement de l’héritier mâle de la famille St Antrez et il était bien trop doué pour outrepasser les habituelles limites du mépris et de la haine.

Enveloppée dans un long manteau de laine grise, tu sors de cet antre de testostérones, discrètement. Tu te sens fatigué, tu te sens mal, tu te sens nauséeuse. Tel est ton châtiment quand tes subites transformations te surprennent, de charmants états d’hypoglycémie. Tu sors, d’un pas mal assuré bien que rapide, tu quittes le bâtiment des dortoirs. Tu ne veux pas expliquer encore une fois ce qu’il t’arrive, tu ne veux pas justifier tes formes soudainement arrondies, tu ne veux pas que l’on te traite comme la demoiselle que tu es. Tu as mal à la tête, il fait frais si bien que tu t’enveloppe dans ta veste. Tes jambes, à peine recouvertes d’un voile de nylon, tremblent légèrement, quelle est donc cette habitude qu’ont filles à porter des jupes ? Et pourquoi te soumets-tu à cette règle vestimentaire ? Parce que tu veux éviter de te démarquer de tes pairs ? Parce que tu ne sais pas qui sont tes semblables, que tu ne sais pas toi-même si tu dois être femme ou homme ?

Tu les fuis, tous, la nuit, tombée depuis quelques heures, recouvre le parc de l’académie d’un voile sombre. La lune n’est réduite qu’à un croissant exigu, laissant les étoiles éclairer la voûte céleste. Pauvre enfant, pauvre Camille, tu te laisse tomber dans l’herbe légèrement humide. Le ciel est voilé de quelques chapes de nuages, mais laisse voir quelques joyaux étincelants dans les ténèbres.
Prévoyante, tu plonge la main dans une besace habituée à te meurtrir l’épaule. À l’intérieur ? Quelques habits de rechange, pour que l’on ne puisse te surprendre dans une mauvaise posture, pour que cet encombrant don ne puisse te porter préjudice. Mais pour l’instant, ce ne sont que quelques cubes de cristaux blancs que tu sors de là, du sucre, de quoi t’éviter une hypothétique perte de conscience.
Tu grignotes tes trois cubes de sucre, les yeux fixés à la voûte céleste, attendant de sentir l’instant où enfin, tu pourrais reprendre ta forme originelle. Mais dans l’allée un peu plus loin, tu entends le son caractéristique d’un pas foulant les graviers, tournant la tête, tu aperçois une silhouette. D’instinct, tu te tapis dans l’ombre. Un insomniaque, un délégué ? Dans tous les cas, tu préfèrerais que l’on ne te voie pas, n’étant pas d’humeur à parler à qui que ce soit. Tu grimaçait, mais relevait la tête vers les étoiles. Ce spectacle était bien trop parfait pour te combler, bien trop cliché pour te convaincre, mais il en est ainsi des étoiles comme des légions d’oiseaux, on ne pouvait réellement s’en détacher.

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Gabriel de St-Andrez

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MessageSujet: Re: last night good night • PV GABRIEL.    Sam 24 Sep - 21:11

Une nuit de début d'automne, comme Gabriel ne les aimait pas. Ni trop chaudes, ni trop froides, beaucoup les appréciaient pour leur douceur. Pas lui. Parce que justement, elles étaient à une limite. Trop chaudes, son corps naturellement réchauffé ne supportait pas le moindre drap. Trop froides, il frissonnait s'il n'était pas couvert. Evidemment, tout s'arrangeait lorsque l'hiver, le vrai, le russe, celui qui faisait greloter, lorsque le vrai froid arrivait. Alors il lui suffisait de se couvrir, plus ou moins selon le thermomètre, jusqu'à ce que le directeur daigne enfin allumer le chauffage dans les dortoirs, à partir de quand les couvertures et autres signes supérieurs de literie désertaient sa couche. Mais ces nuits de septembre, avec leur fraîcheur qui ne s'assumait pas vraiment, étaient les plus propres à déclencher chez lui ses seules insomnies de l'année. Alors il préférait sortir, plutôt que de se tourner et retourner dans son lit jusqu'à ce que l'heure tardive apporte avec elle une légère baisse de quelques degrés salvateurs. De toute façon, personne ne lui dirait rien en le trouvant dehors à l'heure où chacun devrait être dans son lit. Personne ne pouvait rien lui dire, il était délégué, il avait tous les droits, ou du moins le concevait ainsi. Et puis il ne faisait que se promener, après tout. Déambuler dans les couloirs comme l'insomniaque moyen qu'il devenait à cette heure de l'après-midi. Etrangement, l'académie prenait un autre visage lors de ces virées nocturnes, débarrassée de la foule d'élèves qui la parcouraient toute la journée, plus calme, plus sombre, plus mystérieuse. Elle reprenait ses lettres de noblesse, rappelait à ceux qui auraient pu l'oublier qu'elle n'était pas une école normale. Il devait bien l'avouer, le noble en lui la trouvait belle, cette bâtisse. Surtout sous les étoiles. Surtout lorsque la nuit n'était pas parfaitement dégagée, un peu nuageuse, comme ce soir. Jour de pluie s'étant couché sur une apparition fugace du soleil, la combinaison était optimale pour que l'atmosphère au-dehors soit magique. D'un certain côté, il comprenait les noctambules qui organisaient des fêtes jusqu'au bout de la nuit, comprenait leur envie de profiter de ces nuits. Distraitement, ses pas le menèrent dans le parc. Réprimant un sourire, il se fit la réflexion qu'il aurait pu emmener Cassandre regarder les étoiles qui apparaissaient par intermittence, se cachaient derrière les stratocumuli, puis réapparaissaient, comme si elles avaient pris part à un jeu connu d'elles seules, un jeu qui ressemblait au leur, un jeu qui lui faisait penser à elle. Puis l'idée était repartie, aussi vite qu'elle était venue, à peine apparue il l'avait rejetée. Bien sûr que non, il n'irait pas la réveiller, pour peu qu'elle dorme, bien sûr que non, il ne lancerait pas le jeu, l'avantage était à elle, c'était la règle, bien sûr que non, il ne l'emmènerait pas regarder les étoiles, cela ressemblait tellement à une activité pour les couples, cela leur ressemblait si peu, surtout. Une idée idiote. Et pourtant, il ne pouvait s'empêcher de sourire en imaginant la scène. Un jour, peut-être, il l'emmènerait. Mais pas ce soir. Ce soir, le parc était vide, ce soir le parc lui appartenait, ce soir il était le seul à fouler l'herbe humide. Heureusement, d'ailleurs, qu'il était seul. Imaginez un instant le scandale si l'on savait que le grand, l'arrogant, le belliqueux Gabriel de St-Andrez était descendu de son dortoir pour observer les étoiles ? Quel ridicule, quel manque de magnificence. Il valait mieux que cela reste un secret entre les astres et lui, le moins de personne sauraient que lui aussi pouvait être sensible à la poussière lumineuse du ciel nocturne, le mieux ce serait. Donc le parc vide était idéal. De toute manière, être en compagnie d'autre personnes revenant souvent à être en compagnie d'êtres inférieurs, il préférait encore être seul.

Sauf qu'il ne l'était pas. Là-bas, sur un talus, il pouvait apercevoir une jeune fille, assise. Curiosité de celui qui n'arrive pas à trouver le sommeil face à ses semblables, il s'approcha. La vit se tasser lorsque ses pas furent audibles, comme si elle ne souhaitait pas être découverte, n'en devint que plus curieux, s'approcha encore. Et quand il ne fut plus qu'à quelques pas d'elle, alors qu'il était trop près pour faire semblant de ne pas l'avoir vue, trop près pour qu'elle fasse semblant de ne pas l'avoir remarqué, alors que la lune sortait de derrière le nuage qui l'avait tenue cachée depuis quelques minutes, éclairant la scène telle un projecteur, il vit. Une chevelure brune, un visage qu'il ne reconnaissait que trop, même féminisé, une veste grise qu'il avait déjà vue des dizaines de fois. Elle. Lui. L'Autre. Camille. Aussitôt, une bouffée de haine vint lui soulever le cœur. Parce que non content de lui pourrir les journées par sa seule présence, il fallait en plus que cette ordure le pourchasse de nuit ? En voilà un affront impardonnable. Alors il lança les hostilités, prenant les devants, devançant la réplique acerbe qui serait montée jusqu'à lui s'il n'avait commencé.

    - Mais t'es vraiment qu'une gonzesse, Camille… Me dit pas que tu es descendue de chez toi juste pour regarder les étoiles ? T'es pitoyable…


Ton méprisant, écoeuré par la simple présence de l'autre, appui sur son second prénom pour souligner sa situation actuelle, rien que de très habituelle. Pourtant, pourtant, dans cette nuit, il ne pouvait s'empêcher de sentir la fatigue le gagner. Il n'avait pas envie de se battre, pas ce soir. Malgré ses sarcasmes, lui aussi était venu plonger un peu dans le vide du ciel. Malgré ses sarcasmes, lui aussi avait du mal à détacher ses yeux de ces boules de gaz si lointaines. Alors il soupira. Se laissa tomber dans l'herbe auprès du brun, de la brune en fait. Mais pas trop près. Même s'il était fatigué, même s'il déposait les armes pour un instant, il ne voulait pas la toucher. Même s'il déposait les armes, il la haïssait toujours, ce sentiment était une constante dans sa vie, une certitude destinée à ne jamais s'éteindre. Et pourtant, il prononça quelques mots, qui sonnèrent étrangement à ses oreilles, des mots qui sans cette nuit étoilée n'auraient jamais existé.

    - … Trêve nocturne. Demain, les choses redeviennent normales, mais pour ce soir, trêve.


Un silence. De la poche de cette même veste en toile qu'il était parti récupérer au bord du lac quelques jours auparavant, il sortit une tablette de chocolat, neuve, qu'il n'oubliait jamais d'emporter avant de sortir. L'ouvrit, croqua dedans, avala. N'en proposa pas à sa voisine, signifiant que si la trêve était prononcée, elle ne consistait qu'en une cessation des hostilités, et non en une promesse d'amabilité.

    - T'as déjà repéré la grande ourse au moins ?



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Jean-Camille Douze

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MessageSujet: Re: last night good night • PV GABRIEL.    Dim 25 Sep - 10:11


Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou.

Les pas, réguliers, les petits cailloux qui crissent, pâles imitations d’estivales cigales. À l’instant où l’identité de l’insomniaque se révèle à ton âme, l’amère bile de la haine se promène sous ta langue. Faible soulagement que celui de savoir que, malgré tes métamorphoses, tu reste le même, la même, que toujours, qu’à chaque instant ta vie est consacrée à une haine exclusive, un discret fil rouge. Un barbelé acéré, une constante en ton âme. Les philosophes recherchaient ce qui pouvait définir le « moi », ce détail permettant de trouver une certaine continuité dans tous les états d’âme. À eux, tu pensais pouvoir affirmer que ce qui te qualifiait dans la durée, ce qui demeurait immuable en toi, que cette éternelle constante étais la haine que tu éprouvais vis-à-vis de cette ultime Némésis, Gabriel de St Andrez. Pauvre Jean-Camille, pauvre Camille, tu parais bien confiante, bien déterminée, sans doute ne te rends-tu point compte de cette malédiction. Si tu existais par cette haine, alors c’étais de lui que tu tirais ton existence. Mais ce futile détail n’avais pas sa place en ces lieux, pas en cette nuit.
Ta main crispée sur l’herbe de la pelouse en avait arraché quelques brins, enfant, tu lui aurait envoyé sans attendre, sans hésiter. Mais à présent, tu cherchais le spectaculaire, tu voulais mettre au point un plus subtil venin, celui qui s’infiltrant au plus profond de Gabriel le brûlerait plus que ses flammes n’ont pu entamer ta chair, plus que l’eau en ébullition n’a rongé son visage. Un fiel vicieux qui le ferrait tomber à genoux devant toi, qui lui ferait clamer ta victoire sur son être entier, une victoire totale. Peut t’importaient les sacrifices que tu aurais à faire, les plaies que tu endurerais pour vaincre ses dernières résistances… Il te disait pitoyable ? Tu exécrais ce mot dans sa bouche. Pitoyable… Sans doute l’étais-tu, mais jamais au grand jamais tu n’accepterais la pitié de cet être, qu’il garde ce sentiment pour ses pauvres conquêtes oisives, ses demoiselles de compagnie gloussante, ses laquais terrifiés, tu ne mangerais pas de ce pain-là.

Tu te crispais encore un peu alors qu’il déposait son odieuse carcasse à tes côtés… Quoique, non pas à tes côtés, il ne faisait que poser son être sur la même herbe que toi, ne tentant nul rapprochement que tu lui aurais de toutes manière refusé. Ton hermétique visage fut pourtant teinté d’une vague de perplexité quand il proposa l’inconcevable. Une trêve. Une trêve. Une trêve… Une grande première, un moment d’exception. Si vous aviez déjà eu des moments « d’entraide hypocrite » lorsque vous aviez à camoufler vos méfaits au reste du monde, quand vous aviez à dissimuler votre haine pour mieux l’entretenir face à vos référents, à ceux qui, bien sages, voudraient vous rappeler que la haine ne fait qu’engendrer la haine. Pauvres enfants, combien d’Érinyes aviez-vous engendré de vos paroles acerbes, de vos coups bassement portés dans vos orgueils mutuels ? Grande question.
Voilà qu’il te posait des questions d’astrologie, te reprochant presque de n’avoir point encore désigné la grande ourse. Une sourde colère bouillonne en ton sein, tu n’appréciais que sommairement de le voir te faire des reproches, te donner des ordres. Tu n’avais pas la force de l’envoyer paître et d’en récolter les conséquences. Fi donc de la docilité, tu ne pouvais décemment pas lui parler des étoiles sans lui envoyer quelques piques.

    « -Je me passerais de pitié, surtout de la tienne St Andrez. La grande ourse doit être caché derrière le bâtiment principal. »


Tu laisse flotter un instant de silence. Avales ta salive. Finalement tu t’allonges complètement sur le sol, ton sac comme oreiller.

    « -Je me suis enfui du dortoir pour éviter les gens comme toi qui ne voient qu’une fille en tout corps possédant des seins, vous me dégoûtez. »


Qu’il s’apitoie sur ton sort, tu ne lui offrirais que dégoût et mépris. Mais en même temps, tu sais que ce "comme toi" est faux. Si ce type avait la moindre qualité, alors sa plus grande était sa haine. Oui, sa haine grâce à laquelle tu restais Camille, tu restais celui qui l’avait défiguré, celui qu’il avait violenté, souillé. Tu restais la même personne même si t’apparaissait un utérus, même si ta taille s’affinait, même si tes cheveux poussaient, dissimulant ton fin minois aux regards des autres. Qu’il cesse ne serait-ce qu’un instant de te voir comme un être pour poser ses yeux sur la fille et à jamais il perdrait sa crédibilité en tant qu’ennemi.
Mais pour ce soir, joues le jeu Camille, tu ne joueras sans doutes qu’un rôle de composition, un rôle méprisable, à simuler une entente cordiale, mais il est le plus faible pour avoir osé bouleverser vos habitudes, pour avoir proposé une pause. Mais avoues-le Camille, ce soir, tu es toi-même fatiguée, tu ne te serais jamais abaissé à proposer une ridicule trêve, mais tu es heureuse de tempérer tes haineuses ardeurs.
Tu pointes le ciel du doigt. Désignant successivement trois étoiles plus brillantes que les autres.

    « -Ici on voit le triangle d’été, avec Deneb, Altair et Vega. Ce sont les trois plus brillantes, mais on ne le verra bientôt plus avec l’hiver qui vient. Altair fait partie de la constellation de l’aigle, c’est plus ou moins la tête de l’aigle, Deneb forme celle de la constellation du cygne, et Vega fait partie de la lyre avec ces trois petites, là, qui forment un losange. Altair et Vega sont le bouvier et la déesse séparés par la voie lactée dans la mythologie asiatique, mais chez les grecs, Altair représente l’aigle tout entier, l’aigle du Caucasse qui mange le foie de Prométhée, il ne faut pas le confondre avec Ganymède qui a juste été enlevé par Zeus transformé en aigle et qui a, lui donné son nom à la constellation du Verseau qui devrait être par là… »


Tu interrompais ton flot de paroles. Jamais tu n’avais parlé si longtemps avec St Andrez d’un sujet si peu lié à votre haine, à vos habituels coups bas.
Tu n’étais pas à proprement parler un spécialiste en astronomie, ni en mythologie, juste un pauvre Faithbee curieux qui avait souvent tendance à traîner sur Wikipédia, apprenant ainsi les informations les plus futilement intéressantes. Ainsi partant d’une chanson que tu appréciais tout particulièrement, Kimi no shiranai Monogatari, servant d’ending à Bakemonogatari, tu t’étais documenté sur Vega et Altair, Orihime et Hikoboshi, La déesse tisserande et le Bouvier, les amants célestes séparés par la voie lactée, de là, de pages en pages, tu avais appris bien des choses. Des choses qui ne pourraient jamais intéresser quelqu’un comme Gabriel St Andrez. Sans doute allais-tu récolter quelques sarcasmes face à ces histoires sans intérêt.
Tu te taisais, pensais te taire. Car la musique t’étais entrée dans la tête, s’écoulant en une simple mélodie glissant entre tes lèvres sans que tu ne t’en rendes réellement compte, les yeux fixés à ces éclats de soleil brillant sans but dans l’infini du ciel russe.


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Gabriel de St-Andrez

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MessageSujet: Re: last night good night • PV GABRIEL.    Lun 26 Sep - 10:26

Étrangement, il l'avait laissée parler. La nuit était belle, la fatigue le guettait suite à ses insomnies répétées de ces derniers temps, pour une fois il n'avait pas envie d'interrompre les paroles de Camille par des remarques acerbes. Pour une fois, il avait envie de l'écouter, du moins tant qu'elle parlait des étoiles. On sentait la Faithbee en elle s'exprimer, pendant cette trêve d'un instant, qui partageait ses connaissances, qui les avait, surtout, on ne savait comment. Alors il la laissait parler. Il attendait qu'elle se taise pour lui répondre. Sans rien perdre de sa haine, sans rien perdre de son mépris. Juste, sans l'interrompre. Drôle de conception de la trêve, mais c'était la sienne. Garder la violence dans la voix, dans les mots, sans qu'elle passe par les gestes, pour une fois. Faire semblant de supporter physiquement la présence de l'Autre, quand tous dans les paroles indiquait le contraire. Mais au moins, ils restaient calmes. C'en était presque reposant, comparé à leurs habituelles batailles. Et puis les explications stellaires cessèrent, presque brusquement, comme si elle s'était aperçue qu'elle lui parlait comme à une personne normale, comme ils ne s'étaient jamais parlé, puisque leur haine avait commencé bien avant qu'ils n'apprivoisent l'art de la conversation. Alors maintenant qu’elle avait fini, il pouvait parler, se fichant éperdument d’interrompre son fredonnement.

    - J’ai dit que t’étais pitoyable, pas que j’avais pitié de toi. Comme si j’en avais quelque chose à foutre de ta petite personne. Et franchement, je vois pas en quoi tu aurais à fuir, les Faithbee sont censés être intelligents, ils devraient comprendre que tu n’as strictement aucun intérêt.


Le bruit du chocolat qui se brise dans le silence de la nuit, l’odeur du cacao qui se répand quelques mètres alentours. A proprement parler, s’il y réfléchissait bien, cette Camille là pouvait avoir quelques intérêts. Oh, elle n’était pas un canon de beauté, elle n’était pas comme ces filles que leur seule apparence rendait désirables, appréciées, populaires. Non, elle était jolie, sans plus, mais suffisamment pour attiser les convoitises de mâles attirés par des œstrogènes au milieu de leur débauche de testostérone, il devait bien le reconnaître. Ou plutôt, il aurait pu le reconnaître si elle n’avait pas été l’Autre, si, comme par magie, sa transformation avait pu la transformer en quelqu’un d’autre, une autre qui ne serait pas l’Autre, une anonyme. Mais même sous ces dehors féminins, plus calmes, plus doux, elle restait l’Autre, inintéressante, inutile, qui ne méritait aucune attention. A part quand il s’agissait de la faire souffrir, quand les batailles commençaient. A part peut-être, ce soir, pour ces histoires, ces explications. Elle en avait dit trop, ou pas assez. Trop pour qu’il ne soit pas un minium intéressé, pas assez pour qu’il soit rassasié. Alors lui aussi, pour une fois, abandonna le ton haineux. Alors il posa des questions, alors que ses paroles sonnaient bien différemment de tout à l’heure, sans mépris, sans envie de rabaisser l’autre, de la faire souffrir. Juste pour en savoir un peu plus.

    - … C’est quoi, ces histoires de déesse et d’aigle, là ? T’as l’air bien calé sur le sujet. M’enfin, venant d’une tapette comme toi, ça m’étonne qu’à moitié.


Même en pleine trêve, qu’il avait lui-même décidé, ça lui échappait, paroles autrefois blessantes, aujourd’hui automatismes, elles ne devaient même plus toucher Camille tant elles avaient été répétées. Mais il fallait bien une constante entre eux, ces réflexions acerbes qui leur échappaient, ces insultes, le signe de leur haine. Ils n’étaient pas faits pour s’entendre, pour se parler poliment, c’était comme ça.


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Jean-Camille Douze

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MessageSujet: Re: last night good night • PV GABRIEL.    Mar 27 Sep - 11:57


I want the stars to glow.
Durant ton monologue, tu t’étais presque détendue, tu avais presque oublié à qui tu parlais. Presque. Ses acerbes propos te rendirent la mémoire, de nouveau tu te renfermais, comme un vulgaire bivalve dérangé. Tes doigts se refermaient sur quelques touffes d’herbes, quelques brins de gazon qui n’eurent même pas conscience d’être arraché de la terre à cause d’un égoïste désaccord. Tu serrais les dents pace à son incompréhension. Les Faithbees étaient sages ? ils n’en demeuraient pas moins des individus adolescents de sexe masculin, ils requéraient leur intimité, tu défendais ta pudeur. Qu’elle idiote tu avais été d’ouvrir la bouche, de tenter de communiquer avec l’être qui provoquait en toi des réactions quasi physique, dégoût, répulsion.
Tu fronçais les sourcils, plissant ton front qui, si ce jeu là continuait trop longtemps, serait prématurément ridé. Ton seul vœux était qu’il s’en aille, qu’il disparaisse au plus vite, le plus loin possible de ta personne. Tu aurais certes pu partir, l’abandonner ici. Mais tu ne voulais pas fuir, tu ne voulais surtout pas lui laisser le privilège d’observer le firmament, ce spectacle était bien trop beau pour l’offrir à un tel être. De la confiture aux pourceaux.

Puis ton petit cœur vexé s’allégea. Il te demandait des détails, lui. Gabriel de St Andrez, préfet des Winterhoods te priait de lui en raconter plus sur les histoires que tu avais évoquées. Il ajoutait certes, quelques formules dépréciatives, quelque insulte. Mais, bien que ces « tapettes » à répétitions te blessaient, tu y était presque habitué, c’était devenu entre vous une certaine habitude. Tu refusais depuis maintenant quelques années de laisser son auguste prénom souiller tes lèvres, le réduisant à son noble patronyme autant qu’à ce qu’il était : un fils à papa. Lui susurrait des "Camille" ironiques, pleins de moqueries, de sous entendus sur ton sexe trouble et enchérissait avec diverses insultes mettant en valeur ta trouble sexualité. Ces appellations s’étaient banalisées au fil du temps, devenant un quasi code.
Au diables ces subtilités, il t’avait demandé des renseignements et, bien que tu susses que ces histoires allaient sans doute te valoir de nouveaux quolibets désobligeants, tu savourais l’idée d’apprendre quelque chose d’inconnu à ton ennemi juré. Ton sourire se fit triomphant, bien que la nuit le cachât. Ainsi il y avait des chances qu’à chaque fois qu’il lèverais la tête vers les étoiles, à chaque fois qu’il repèrerait le triangle d’été, il repenserais à tes histoires, aux mythes que tu lui aurais raconté. Ainsi ton nom, ton existence s’inscrira durablement, détestablement dans son esprit aux côtés des noms d’étoiles.

    « -Qu’ils soient Faithbee ou autre, ça ne les empêche pas de protéger leur pudeur. La mienne aussi. Avoir de la matière grise ne les rend pas moins humains, même s’ils ne sautent pas sur tout ce qui bouge. »


Une référence à ses conquêtes, dont les noms se promenaient sur toutes les bouches, rumeurs détestables. Une référence à cet acte que tu ne lui pardonnerais sans nul doute jamais.
Comme s’il ne s’était rien passer, tu retrouvais un sourire supérieur, ironiquement chaleureux. Ton timbre de voix devenait celui de la badinerie, comme si tu parlais à un ami, comme si cette conversation ne se perdait pas en doubles sens.


    « -Le Tanabata, ou Qīxī, est une fête chinoise et japonaise qui se déroule en général le sept juillet ou le sept août. On y célèbre les retrouvailles d’Altair, ici, et de Vega, là, qui sont le reste de l’année séparés par la voie lactée que tu vois là. Altair représente Hikoboshi, le bouvier qui est tombé amoureux de Vega qui symbolise la déesse tisserande Orihime qui est descendue sur terre pour rester avec le bouvier qui était un mortel. Mais le père de la déesse n’était pas enchanté de cette idylle et a ramené sa fille dans les cieux. Hikoboshi la suivit, devenant donc Altair, mais le père d’Orihime sépara les amants par une rivière, la voie lactée, ne les autorisant à se retrouver qu’une fois par an, le septième jour du septième mois où la déesse peut tisser un pont au dessus du fleuve. »


Une bien jolie légende, pleine de bons sentiments, de promesses respectées. Des valeurs qui étaient sans doutes bien méprisables pour le futur patron d’une multinationale. Tu pointais les fragments de lumière du bout des doigts, comme si tu étais en mesure de les frôler. Qu’avait-il demandé d’autre déjà ? L’Aigle ?
Tu prends une longue inspiration, prête à te lancer dans des explications sur les mythes antiques. Tu te stoppes dans ton élan. Tu avais parlé de l’aigle du Caucase, mais aussi de Ganymède, l’amant de Zeus. Tu savais pertinemment que parler d’une relation entre un dieu et un jeune homme revenait à offrir à St Andrez le bâton pour qu’il te batte. Lui tendre une perche, à lui, à celui qui ne savait que trop bien combien tu fuyais toute question relative à ton identité sexuelle. Pas de Ganymède donc. Pas devant lui. Vous vous contenterez de l’aigle du Caucase. Tu te reprenais comme tu pouvais, dissimulant ton trouble fugitif. Tu allais même pouvoir y placer quelques piques.


    « -Altair est aussi l’étoile la plus importante de la constellation de l’Aigle, avec ces étoiles là, qui sont un peu dure à repérer ce soir. Cet aigle est l’aigle de Caucase qui est le principal acteur du châtiment de Prométhée… Prométhée était, selon la mythologie grecque, le titan qui déroba le feu aux dieux pour l’offrir aux hommes. Ainsi, le feu qui était le privilège des dieux put être utilisé par les humains, bien que certains s’y brûlent encore les doigts. Prométhée fut donc condamné à être enchaîné à un rocher dans les montagnes du Caucase où un aigle, celui de la constellation, venait chaque jour lui ouvrir le ventre pour lui dévorer le foie. Foie qui repoussait chaque jour, lui offrant donc un supplice éternel. »


Oui, comment le feu fut donné aux hommes, comment les hommes en sont fascinés comme des papillons de nuit. Comment Gabriel craignait son propre don. Oh, mais, qui donc à parlé de St Andrez ? Tu n’avais fait que lui conter l’histoire de Prométhée après tout, il n’y avait aucun sous entendus à trouver. Aucune rancœur, aucun picotement ne te chatouillait le dos, remontant le long de ta colonne vertébrale, soulignant ta propre cicatrice.



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Gabriel de St-Andrez

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MessageSujet: Re: last night good night • PV GABRIEL.    Lun 3 Oct - 10:53

Douce nuit, calme nuit, fraîche nuit. Etrange nuit surtout, nuit de trêve, nuit de calme, nuit sans violence alors qu’ils étaient tous les deux réunis, alors qu’habituellement la seule présence de l’un faisait grincer des dents à l’autre, et inversement. Les étoiles devaient bien avoir un semblant de magie, pour réussir à calmer ces deux-là, pour les faire se parler sans hargne, pour qu’ils réussissent à avoir un semblant de conversation, sur un sujet neutre, qui ne blesserait aucun des deux. Quoique. Sujet neutre ? Oui, non, peut-être, pas réellement. Pour n’importe qui les surprenant, ce sujet serait neutre. Pour n’importe qui les surprenant, cette scène aurait quelque chose d’irréel, les deux ennemis jurés ainsi réunis sous les étoiles. Mais n’importe qui n’aurait pas su déceler les sous-entendus, n’importe qui n’aurait pas su voir les traits de l’un puis de l’autre se crisper lorsqu’un double sens évident à leurs oreilles venait faire vibrer leur tympans. Ah, le feu. Quel beau terrain pour quiconque voudrait attaquer Gabriel. Quel beau terrain pour celle qui savait à quel point il avait son pouvoir en horreur, quel beau terrain pour celle qui en connaissait la cause. Habituellement, cette offense, ce sous-entendu à peine dissimulé se serait soldé par une punition exemplaire, paroles acerbes, humiliation, coups, tout ce qui constituait leur quotidien. Mais ce soir, ce soir Gabriel était fatigué, ce soir Gabriel avait lui-même proposé une trêve, et s’il y avait une chose que son père lui avait bien fait retenir, c’est que dans toute forme de négociation, quelque en soient les enjeux, il fallait toujours respecter ses engagements, ce qui impliquait que l’autre parti devait en faire autant sous peine d’être déshonoré. Ce qui impliquait également que, pour éviter d’avoir à les tenir, le futur baron évitait les engagements. Mais ce soir, il en avait pris un, avait proposé un pacte de non-agression, il s’y tiendrait. Au moins, cela lui assurait un certain repos. Alors il se contenta de grimacer, invisible dans le noir, puis de laisser échapper quelques paroles, comme si c’était pour lui seul, comme un grondement, juste assez fort pour que l’Autre doive tendre l’oreille si elle voulait entendre.

    - Ah ouais, le feu ? Bah il aurait mieux fait de s’abstenir, ce con.


Et flottant dans son esprit, l’image de deux cicatrices, la sienne, les leurs. Celle qu’il lui avait infligée, celle qui lui avait été infligée, jumelles, seul signe extérieur de cette haine qui les rassemblait, cette cicatrice qui le défigurait et lui faisait haïr ce feu qu’il contrôlait pourtant. Ah, Camille, pauvre Camille, elle était bien la seule à pouvoir saisir toute la profondeur de la haine qu’il avait pour elle, pour lui, quelque soit sa forme, parce qu’elle était partagée, parce qu’au fond, ils avaient au moins ça en commun. Ces deux atrocités. Haine et cicatrices, la première ayant engendré les deux autres. C’était beau une haine comme celle-là, digne des tragédies grecques. C’était beau mais épuisant. Alors il ne relèverait pas plus. Pour une fois.

A son tour, il s’allongea, les bras derrière la nuque en manière de soutien. Puis ferma les yeux. Soupira, savoura le silence qui régnait dans le parc. Les rouvrit, observa le ciel. Etrangement, ces histoires d’étoiles l’intéressaient plus qu’il ne l’aurait cru possible pour quelque chose venant de l’Autre. Alors il cherchait à repérer d’autres constellations, d’autres histoires qu’il pourrait lui demander. Comme une mise à l’épreuve, se serait-il justifié, il ne voulait que s’assurer que l’Autre possédait bien la base de connaissance indispensable à tout Faithbee. Aussi, son hésitation ne dura qu’un instant, imperceptible dans cette obscurité, avant qu’il ne reprenne :

    - C’est quand même un peu niais tes histoires de bouviers, là… T’en as d’autres, des comme ça ?


Au final, quelque soit la manière dont il était formulé, le résultat restait le même. Oui, lui, Gabriel de St-Andrez, futur baron de Mertoz, délégué des Winterhoods, arrogant, supérieur et fier de sa supériorité, voulait plus d’histoires, était avide de légendes sur ces étoiles qui occupaient ses insomnies. Quelle magnificence, vraiment.


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Jean-Camille Douze

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MessageSujet: Re: last night good night • PV GABRIEL.    Ven 7 Oct - 10:41


Témoins de tant de maux, de meurtres familiaux.
Tu laissais tes lèvres s'étirer en un sourire cynique. Mesquin. Oui, ce « con », comme il le disait, aurait pu s'abstenir d'offrir des allumettes aux hommes. Prométhée se retrouvait au coeur de votre haine, incrusté dans vos chairs. La morsure du feu de ta chère Némésis semblait te picoter, ta brûlure infâme semblait douée de vie propre quand, indolente, elle ronronnait dans ton dos, haïssable démangeaison.
Tu résistais au réflexe de passer ta main dans ton pauvre dos, ne souhaitant pas de réflexion acerbe. Tu es bien stupide Camille, tu oublierais presque ta propre personne. Ne souhaitant que la perte de St Andrez, tu fais des sous-entendus sur son don, sa balafre... Tu oublies qu'en glissant sur le terrain glissant des cicatrices, tu meurtris tes propres souvenirs. Tu l’atteints, certes, tu atteints sa majesté de St Andrez, mais tu te frappe aussi. Remontent en ta mémoire les causes de ta propre marque. L’âcre bile transforme ton sourire cynique en un rictus dépité. Faisant mine de porter tes yeux à la voûte céleste, tu camoufles ton malaise, plaque sur ton visage un air plus neutre. Maudis donc ce corps féminin, ce corps que tu ne comprends pas, cette figure qui se rebelle face à tes tentatives de dignité. Tu résistes au réflexe de passer ta pauvre main dans ton dos, sentant ta haïssable cicatrice te démanger. Fourbe, elle aime à se rappeler à ton bon souvenir, ronronnant comme un chat qui te sucerait la moelle des os. Mais tu ne peux pas montrer à Gabriel que tu a subit le retour de flamme, c’est le cas de le dire, que tu souffres de tes propres mots. La chair brûlée qui serpente dans ton dos aura beau picoter, tu te refuses à la toucher.

Du bout des doigts, tu arraches quelques brins de gazon, macules sans doutes tes doigts de chlorophylle, tes ongles de terre, mais qu’importe, tu te distrais de ton dos. Les mots de ton contraire suspendent ton geste.
Comment, lui, Gabriel de St Andrez, te demande de lui conter quelques mythes ? Pitoyable Camille, tu jubiles. Ta cicatrice n’est plus rien face à cette petite victoire… Le grand Winterhood demande à une Faithbee presque lambda, de lui laisser ouïr quelques histoires… Des histoires que tu ne connais que trop bien, intéressée par la mythologie que tu es… Cependant, il qualifie cela de « niais » ? Sans doute poussée par les oestrogènes, tu trouvais la légende du Tanabata plus belle que niaise… Tu serais presque vexée par ce mot. Niais. Tu te sentirais presque visée.
Les histoires d’amour se montrent trop niaises pour monsieur ? Soit, il voulait du glauque, du gore, de ces mythes qui vous retournent le ventre ? Les testostérones de monsieur réclamaient-elles à corps et à cris de l’adrénaline, de sombres infanticides ? Et bien qu’il soit servi.

    « - ça, n’a plus grand chose à voir avec les étoiles, mais si tu les trouve trop niaises pour toi. La famille des Atrides a droit à une belle généalogie de meurtres. »


Tu gardais tes prunelles fixées à la voûte de velours parsemée de diamants. Ces pauvres Argiens n’avaient point vu les portes des cieux s’ouvrir pour leur nom, néanmoins, leur tragédie valait bien tous les bouviers énamourés. De la véritable tragédie comme seuls es anciens savaient en faire, quoique l’on puisse trouver de belles histoires en ce monde, pleine de crainte et de pitié.

    « -Les Atrides sont une famille présente dans la mythologie grecque et qui semblait éprouver un malin plaisir à relancer leurs malédictions à chaque générations. Enfin, disons que c’étais leur "destin" ce genre de choses joyeuses. »



Destin ? Tu n’y croyais que trop peu, tu refusais cela… Ces histoires de karma ne te convenait pas… à tes yeux, tu n’étais que trop puni par la présence de St Andrez, trop persécuté. Les anciens grecs pliaient sous la volonté des dieux, pauvres jouets. Tu refusais de laisser ton bourreau te tuer à petits feu. Qu’il te touche, te brûle, il en souffrira dans sa propre chair quand le temps de ta vengeance viendra.

    « -La lignée des Atrides commence avec Tantale, le fils de Zeus. Pensant pouvoir berner les dieux, il leur servit un somptueux banquet où il leur servit son propre fils, Pélops. Mais les dieux ne se laissèrent pas prendre au piège et rejetèrent la nourriture. Sauf la déesse Déméter qui était inquiète pour sa fille Perséphone qui avait été enlevée… Le mythe de Perséphone, Hadès, tu connais ? C’est un des plus célèbres, enfin, bref. Déméter mangea tout de même une épaule de Pélops. Mais les dieux purent tout de même le sauver, ramenant son âme des enfers et lui fabriquant une nouvelle épaule en ivoire. Tantale, lui, fut condamné à un supplice éternel, la faim, la soif. Il lui fut offert la vie éternelle, il avait à sa portée de l’eau claire, du vin, des fruits, mais dés qu’il approchait ses lèvres, tout cela disparaissait. »



Tu te tut quelques instants, le temps de laisser au noble le temps d’assimiler tes dires. Le supplice de Tantale. Avoir à porté de main ce que l’on souhaitait le plus et voir ces biens disparaître quand on voulait les toucher, un bien triste supplice. Un peu comme si tu devenais marchant de bonbons, sans jamais pouvoir laisser quelques billes de sucre, quelques éclats de chocolat, fondre sur ta langue. Tantale était peut-être le père de tous les diabétiques… Quoique, ça ne tenais pas très bien debout. Tu reprenais ton histoire, sachant pertinemment que par ce moyen tu ne t’incrusterais que plus durablement dans la tête de Gabriel. Aucun de vous deux ne pouvant oublier la moindre parole de l’autre, gardant ses mots pour mieux frapper par la suite. Ainsi ton nom, ton image et le ciel étoilé serait-il à jamais lié aux Atrides.

    « - On pourrait plaindre Pélops, mais il était lui aussi un enfoiré de première. Voulant épouser Hippodamie, fille d’Œnomaos, roi de Pise dans le Péloponnèse, Pélops fit les pires coups bas. Œnomaos défiait ceux désirant devenir ses gendres à des courses de char et tuait les prétendants s’ils ne gagnaient pas. Pélops s’était vu offrir des chevaux ailés par Poséidon… »



Tu hésitais un instant, tout comme avec Ganymède, tu ne voulais pas t’aventurer sur le terrain glissant de la pédérastie. Pas avec lui, tu redoutais trop les piques du futur baron de Mertoz pour lui offrir de telles occasions de nuire.

    « -Avec des chevaux il était assuré de gagner la course, mais ça ne lui suffisait pas. Pélops promit donc à Myrtilos, l’écuyer du roi, qu’il pourrait passer une nuit avec Hippodamie, qu’il convoitait, et aurait aussi droit à la moitié du territoire d’Œnomaos. Ainsi, Myrtilos sabota le char du roi qui mourut piétiné par ses bêtes. Mais affin de ne pas avoir à payer ce qu’il avait pourtant promis, Pélops noya l’écuyer qui, avant de mourir, eut le temps de maudire son bourreau et sa descendance, ce qui fut le point de départ des massacres en famille des Atrides. »



Nouvelle pause. Tu doutais du fait que ton haï compagnon puisse réellement comprendre l’importance d’une promesse, trop Winterhood pour ça, trop Gabriel de St Andrez pour toi. Tu lui refusais la compréhension de certaines choses que tu jugeais trop métaphysique pour lui.

    « - Pélops se maria donc avec Hippodamie, ils auront pas mal d’enfants, mais surtout les jumeaux Thyeste et Atrée. Atrée peut être considéré comme le véritable fondateur de la maison des Atrides… Et ces deux frères, malgré leurs liens se haïssaient, si bien qu’Atrée finit par offrir les enfants de Thyeste en repas à leur propre père. »



Nouveau cannibalisme, infanticide ignoble. Mais l’important était la haine. Vous n’étiez pas frères, vous n’étiez rien l’un pour l’autre, sinon que l’antagoniste haïssable. Evidemment, le festin de Thyeste n’était pas le seul coup d’éclat de la haine gémellaire, tu étais prête à lui conter les moindres détails. Mais tu laissais ton récit en suspend. Qu’il te demande de poursuivre tout comme il t’avait demandé d’autres contes, tu ne titillais sa curiosité que pour qu’il te prie de continuer. Tu savais qu’il ne supportait pas de point pouvoir assouvir ses désirs…. Enfant issu d’une riche lignée, Gabriel était habitué à ce que l’on lui serve le monde sur un plateau d’argent dès qu’il le demandait d’un regard dédaigneux. En son esprit, tu aurais sans doute dû continuer ton histoire sans le laisser sur sa faim, cependant tu te faisait attendre, te laissais prier.
Peste de Camille, enfant égoïste, sacrifiant vos âmes sur l’autel de la haine.



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Gabriel de St-Andrez

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MessageSujet: Re: last night good night • PV GABRIEL.    Lun 10 Oct - 11:04

Dans la fraîcheur de la nuit, le silence autour d’eux seulement troublé par la voix de Camille en train de raconter l’une des pires histoires de la mythologie grecque, les yeux clos comme par réflexe quelques instants après s’être allongé, Gabriel sentait qu’il n’était plus tout à fait là. Oui, il fallait bien l’avouer, il somnolait, se laissait bercer par cette voix qui, sans être réellement différente, était tout de même plus douce, plus apaisante, plus calme que celle qu’il haïssait tant, et qui pourtant appartenait à la même personne. Mais dans cette nuit, il l’oubliait presque, habitué depuis tant d’années à ne voir qu’un représentant du sexe masculin en Jean-Camille, quand bien même il lui arrivait de s’attaquer à lui quand il était sous sa forme féminine, quand bien même il prenait un malin plaisir à ne jamais utiliser la partie plus virile de son prénom, faisant croire à une complicité amicale là où il n’y avait que cynisme, moquerie et volonté de blesser. Alors, dans cette nuit où il avait fermé les yeux, dans cette nuit où il ne pouvait plus placer un visage plus masculin sur les traits fins, et ainsi attiser sa haine, il oubliait, ne conservait pour lui que la voix, qu’il n’avait jamais suffisamment écouté pour pouvoir l’associer à l’Autre. Si cela durait trop, peut-être même qu’elle finirait par faire ressurgir son éducation de noble, cette galanterie qui était élevée au rang de valeur fondamentale dans sa famille, vieille trace d’une époque où les femmes n’étaient que de faibles créatures et qui survivait encore dans la particule accolée à son nom. Peut-être. Ce n’était pas sûr, puisqu’après tout, pour cela, il lui faudrait ouvrir les yeux, et alors il verrait le visage honni, et alors il ne pourrait plus séparer la voix de l’identité, et alors la haine reviendrait. Alors pour l’instant, il préférait se laisser aller, écouter les paroles qui se déversaient, sans haine, pour une fois. Et pourtant, quel contraste entre le ton de la voix et ce qu’elle racontait ! Tant de douceur et de calme, pour une histoire si sanglante, c’en était presque choquant. Sans vraiment savoir pourquoi, Gabriel avait l’impression que la voix ne collait pas avec les paroles, que si les belles histoires de tout à l’heure lui convenaient, celles-ci auraient été plus appropriées avec une voix plus grave, plus masculine… La voix de l’Autre. Comme si. Comme si depuis qu’il était arrivée elle n’était plus vraiment la même. Comme si sous cette forme elle n’était pas l’Autre. Comme si après tout ce temps, comme si après ces deux ans depuis qu’elle était apparue, comme une troisième personne dans leur haine, comme s’il lui reconnaissait une existence, comme s’il la dissociait de l’Autre, comme s’il le scindait en deux personnes distinctes, alors que jusqu’ici il avait toujours mis un point d’honneur à le haïr quelque soit sa forme. Ridicule.

Et puis soudain, il s’aperçut que la voix s’était tue. Et qu’il n’avait pas vraiment écouté. Alors que c’était lui qui en avait demandé plus, quel comble. Encore une preuve de la désinvolture des nobles, n’est-ce pas, les prolétaires pouvaient bien répondre à leurs questions, il ne les écoutait pas. Alors pourquoi cette espèce de besoin de retrouver les quelques bribes qui n’avaient pas été avalées par sa somnolence ? Ce n’était pas non plus comme s’il s’y intéressait réellement, comme si la mythologie grecque et les horreurs que l’on pouvait y trouver pouvaient avoir la moindre importance à ses yeux. S’il se souvenait bien, il y avait quelques histoires de parents mangeant leurs propres enfants, de meurtres. D’une haine, aussi, on en revenait toujours là, elle était tout ce qui comptait, la moindre de leurs rencontres, les moindres répliques qu’ils s’échangeaient se devaient de l’évoquer, de la rappeler, de signaler sa présence. Comme si la désagréable sensation qu’elle faisait naître en eux et les rictus qui tordaient leurs visages ne suffisaient pas. Elle se glissait partout, clin d’œil à toutes ces horreurs qui les liaient, eux aussi. La mythologie grecque elle-même y passait, il fallait y penser. Mais le silence s’éternisait, il fallait bien que quelqu’un le rompe, que quelqu’un s’y résolve. C’était au tour de Gabriel, il le savait, pour ce soir l’Autre avait gagné, il était à sa merci, il voulait toujours en entendre plus.

- C’est… Sympathique. C’était leur trip à l’époque de se bousiller joyeusement en famille ? Ça me rappelle le truc qu’on avait étudié en seconde là, comment ça s’appelait déjà… Britannicus ? Ah non, merde, c’était Phèdre sur lequel on avait bossé, Britannicus on devait juste le lire à côté. Tu dois t’en souvenir, après tout, c’est bien un truc de Faithbee tout ça.

Comme une manière de ne pas trop se laisser rabaisser. De montrer que lui aussi, connaissait des histoires de haine, que lui aussi connaissait des histoires de malédictions grecques. Et puis, pourquoi pas, une occasion de se faire rafraîchir la mémoire, de laisser Camille lui raconter de nouvelles histoires, elle qui en connaissait tellement devait bien se souvenir de cela. Ce n’était pas comme si l’année de leurs quinze ans avait été particulièrement marquante…


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